Itinéraire

Hervé Youmbi (c)

Je suis né au Cameroun, à Dschang, dans les montagnes de l’Ouest, le 1er juin 1955. Enfance sans souci. 15 septembre 1965, entrée en 6ème chez les Jésuites au collège Libermann. Le baccalauréat C en poche, j’arrive à Paris le 3 octobre 1973, entre coup d’État au Chili et premier choc pétrolier. Graves auspices. Inscription en UER 06 d’Analyse économique et de Gestion, à Paris 1. Je crèche dans le Marais, au premier étage du 3, rue des Ecouffes. Petit studio de 19 mètres carrés avec kitchenette et salle de bains complète. La fac, c’est Tolbiac, nouveau fief du gauchisme étudiant. Ajournement d’université en 1976. Me voici coursier pour gagner ma croûte, ensuite chauffeur-livreur dans le textile, puis chez un négociant en vins du 17ème arrondissement, Jean Pierre Bloud, avant de vaquer chez un marchand de chaussures tenant boutique à l’enseigne Bob Shoes dans une galerie marchande des Champs-Elysées. Y’a bon alors la bohème sur les bords de la Seine. Mon amie habite au 49, rue de Verneuil, et je croise tantôt la Jane Birkin, tantôt le Serge Gainsbourg, elle chez le crémier et lui, au café.

Retour impromptu au bercail le 18 février 1978. Je vais de petits boulots en petits boulots jusqu’en 1986, avec des creux de durée variable entre deux. Naissance à Paris le 23 mars 1985 de Leila, ma fille et mon premier enfant. Bizarre sensation. Rencontre avec une dentiste camerounaise doublée d’une féministe activiste, Elise Mendomo, le 22 janvier 1988. Deux garçons sont issus de cette union d’abord libre, puis formalisée au civil. Romain-Igor et Jason. Formidable expérience du tout Autre qu’est l’enfant dans sa radicalité. D’ Octobre 1992 à Août 1996, je tiens une chronique environnementale à la radio, Klorofil. Sobriquet de service: le petit homme vert. Ce qui me vaut de participer comme consultant aux grandes manoeuvres inaugurales du souci écologique au Cameroun. Mais aussi de co-signer une vidéo intitulée Voyage au bout de la forêt. Entre temps, je me suis à l’écriture, d’abord en tenant un journal à qui je confie mon inconsolation. Mes premiers textes paraissent dans le journal Générations du feu Vianney Ombe Ndzana. Feed-back positif.

De Juin 1996 à la fin de l’année 1998, j’anime un lieu unique en son genre qui fera les belles heures culturelles de la capitale, l’Espace African Logik. Non content d’avoir reçu le Positive Black Soul, la scène rap et hip-hop locale fera là son premier concert. Autant de motifs de satisfaction. Un ami, Alain Froment m’a parlé de Michel Serres, et je découvre la pensée de l’ancien officier de Marine devenu philosophe. Stimulant adieu aux clivages disciplinaires. Pour un bipède à gros cerveau féru de transversalité, incorrigiblement curieux et avide de la nourrir, s’intéressant aussi bien à la littérature en général qu’à l’astrophysique et aux mathématiques, en passant par la biologie, l’archéologie, l’anthropologie, la sociologie, la chimie, la mécanique quantique, l’architecture et tutti quanti, cette « rencontre »   fortuite avec un penseur zigzaguant est du bonheur. Pas forcément facile d’abord, mais quand on est dedans, à bord de sa langue si précise, alors, il n’y a plus qu’à voguer et laisser aller le vent dans les voiles. J’ai commencé de lire très tôt, vers six ou sept ans, des livres sans images de la modeste bibiothèque de mon père qui se mit à planquer ses romans d’espionnage: çà ne m’ a guère empêché alors de dévorer L’espion qui venait du froid.

Divorcé à l’amiable en 1997. Revenu de mon premier été allemand en 2000, je fais la connaissance de Nicolas Martin Granel, expert ès lettres africaines et ami de Sony Labou Tansi, par l’entremise de Juliette Anoko. C’est le début d’un compagnonnage fructueux entre bringues et conversations stellaires. Je lui montre quelques textes et il m’encourage à écrire. Le pli est pris. Chroniques hebdomadaires au quotidien Mutations (Périscope). Les expédients de la survie ne sont pas toujours au rendez-vous. Mais heureusement, il y a pas loin l’ami généreux Vincent Ndoumbé, diplômé de la Sorbonne de mon époque bleu-blanc-rouge, mais jamais croisé alors, reconverti en réalisateur télé. On se serre les coudes dans l’adversité locale qui sait s’acharner sur les électrons libres, ceux et celles qui refusent toute allégeance, sous quelque forme que ce soit, à l’ordre établi sous tous ses aspects.

De nouveau ancré à Douala, entre mangrove et macadam, depuis Septembre 2004. Premier livre publié: L’Ivresse du papillon. Collaboration avec le Laboratoire Sculpture Urbaine à Grenoble (Projet Bend-skins réalisé à Douala sur la mobilité urbaine), et le centre d’art contemporain doual’art (cycle Ars & Urbis). Chroniques hebdomadaires au quotidien Le Messager de juillet 2006 à décembre 2008. Café-philo au Centre culturel français local pendant une saison. Textes publiés dans les revues Africa y Mediterraneo, Riveneuve Continents, Stradda, Chimurenga, Politique Africaine. Orateur au colloque de Janvier 2009 à Rennes, organisé par le centre d’art contemporain La Criée, Ex-tensions, Créations africaines et postcolonialismes. Présentement engagé avec le collectif Scénographies Urbaines sur Belleville, en résidence virtuelle, et avec la planète Indymédia.

 
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