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	<title>Lionel Manga</title>
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	<description>Le monde est une chute de chimpanzés, il se perturbe et il se restaure (Maxime Bantou)</description>
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		<title>LA CROIX ET LA BANNIÈRE</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jul 2010 11:08:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
				<category><![CDATA[Post-Indépendance]]></category>
		<category><![CDATA[debout]]></category>
		<category><![CDATA[fiasco]]></category>
		<category><![CDATA[indépendance]]></category>
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Ce texte est un &#171;&#160;article press lib&#8217;&#160;&#187; (*)
Où vas-tu, camarade Njawé, de ce pas si pressé vers l’absence irréversible ? Les fruits dans l’arbre de tes combats ne sont point mûrs encore et le « soleil pur » de Patrice Lumumba ne s’est toujours pas levé sur l’horizon de l’Histoire. Où vas-tu de ce pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/LIBERTE.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-663" title="LIBERTE" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/LIBERTE-228x300.jpg" alt="" width="228" height="300" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Où vas-tu, camarade Njawé, de ce pas si pressé vers l’absence irréversible ? Les fruits dans l’arbre de tes combats ne sont point mûrs encore et le « soleil pur » de Patrice Lumumba ne s’est toujours pas levé sur l’horizon de l’Histoire. Où vas-tu de ce pas pressé, genre après moi le déluge, et à qui laisse-tu donc, aussi entier, cet immense chantier d’inventer le futur, d’inventer un Cameroun radicalement différent de celui d’aujourd’hui, pieux Pius ? Mission terminée ? Déjà ? Un peu prématurément non ? La sinistre Faucheuse a pour toi pris la forme moderne d’un énorme Mack pesant plusieurs tonnes et la roue à aubes s’est bloquée incontinent sur une autoroute de Virginie, en <em>very </em>terre américaine de tabac. La Terre a continué de tourner sur son axe céleste comme si de rien n’était et elle continuera, elle tournera toujours. Ce n’est pas une mort d’homme de plus, ordinaire ou extra n’y change absolument rien, qui irait l’émouvoir, notre quasi-sphérique planète, et pourtant…<br />
Une très élégante charte africaine du réel stipule littéralement que l’Homme est la Nature se tenant debout et marchant sur deux pieds. Certes, elle ne se tient pas ainsi fièrement debout pour s’aplatir ou se prosterner ensuite mollement devant d’immanentes et éphémères « puissances » terrestres. Pour Dieu, passe encore. Qui irait s’étonner que la même charte affirme alors en substance que la quiétude n’est pas exactement le propre de l’Homme, quoique dans l’anxiété on ne soit pas non plus fameusement chez soi. Elle prescrit davantage, <em>in between</em>, une forme de sérénité in-quiète en mode gent ailée menue s’envolant à la moindre risée dans un périmètre critique. Exister à « tête reposée » est donc pure vue de l’esprit à cette aune. Strictement inconcevable et impossible. Dans leur exquise variété tridimensionnelle et non-finie, les phénomènes naturels, réalités sensibles, y sont compris et représentés comme autant d’expressions concurrentes élaborées avec les mêmes idées moléculaires en perpétuel brassage, issues d’une source voilée, inaccessible, mais composées ou écrites avec des protocoles combinatoires différents.<br />
Pour cette vision géniale du monde qui ne manque pas de souffle, complexe, inclusive et holistique, où la phase biologique et la phase minérale se partagent simultanément la scène phénoménale et la présence, étant donc foncièrement une expression à l’instar d’un arbre, d‘un fleuve, d’un nuage ou d’un volcan, entité singulière et résolument post-animale, seule espèce dans l’écoumène terrestre à posséder cet attribut évolutif hautement et autrement stratégique, qui fait la différence avec les autres réussites de l’arbre du vivant : l’appareil psycho-mental, l’Homme est essentiellement voué à s’exprimer, assure <em>in fine </em>la divination par les huit cordelettes des Mwaba-Gurma. Chaque âme (é)mise au monde depuis le siège de l’Un primordial, selon une procession dûment réglée, y séjourne avec une assignation très précise. Soit un ordre de mission prébiographique qui constituera de fait l’objet de toute sa vie, sa fin, ce pour quoi il ou elle est ici ou là. C’est une sorte de lopin de terre personnel, un champ en friche à cultiver assidûment afin d’en tirer tout le potentiel de fertilité. Au gré des fluctuantes circonstances, entre les propices et les contrariantes. Parmi ces âmes, un petit contingent est porteur de consignes spéciales, calibrées pour les sujets qui auront la charge de les traduire en actes sur le théâtre des apparences. Dans tous les sens du mot « charge ». Ce n’est pas toujours une sinécure au menu. Certains étant sur la fréquence de la croix et de la bannière, leur existence sera souvent un parcours du combattant.<br />
<strong>Serres d’acier</strong><br />
Vu de 2010, 1979 ce n’est plus la porte à côté évidemment, mais ce n’est pas si loin que çà non plus. Le Cameroun battait encore pavillon parti unique. Le dispositif immunitaire du régime Ahidjo tenait la société vert-rouge-jaune sous très haute surveillance. Le carcan de la Peur maintenait une forte pression sur les corps et les esprits. Peur de disparaître, d’aller en croisière à &laquo;&nbsp;Mëkabna&nbsp;&raquo;, mythique contrée de douleur et d’oubli. Peur du goulag local : Tcholliré, Mantoum, Yoko, pour ne citer que ceux-là des centres de rééducation civique. Un doux euphémisme pour nommer sans y paraître le réseau des oubliettes où finissaient les récalcitrants à la norme en vigueur : se taire, raser les murs et serrer les fesses. Gare au Lac et à ses antennes et à ses ramifications tenant dans des serres d’acier le territoire national, du nord à l’ouest et de l’est au sud. Motus et bouches cousues. Écouteurs et rapporteurs sévissaient dans la rue, à tous les étages, à tous les carrefours, dans les taxis, au marché, au bureau, au quartier, dans les bars, dans les bus de la Sotuc, dans les cars de transport, dans le train, partout, les sbires du redoutable Jean Fochivé veillaient au silence et au grain dans la dictature. Interdiction de dire quoique ce soit d’un peu oblique, qui ne s’inscrive pas dans la ligne béni oui-oui et la prosternation générale devant le Grand Camarade et ses affidés. La Peur battait la mesure des jours et des saisons au pays d’Osende Afana. Peur bleue nouée au ventre d’une aube à l’autre. Peur bleue dans la nuit anthracite de la post-Indépendance.<br />
Quelques audaces artistiques rayaient bien la chape de plomb sur le mode satire sociale : Dave K. Moktoi et son « homme bien-de-là-bas » ; l’intellectualisant Trio XYZ ; Daniel Ndo et l’inénarrable Oncle Otsama, le truculent villageois en ville et adepte du « chien noir », entendez mauvais vin rouge, qui s’étonnait encore de voir l’eau « sortir » d’un mur. Ces aimables divertissements publics ne présentaient aucun caractère de vitriol balancé au visage de l’ordre politique établi. Zéro remise en cause du système. On peut même se les représenter historiquement et a posteriori comme des entorses prophylactiques autorisées pour soulager quelque peu la tension intérieure contenue, innocentes relaxations strictement encadrées par le dispositif immunitaire. Sachant donc que nous sommes au monde pour nous exprimer et y réaliser un certain projet qu’il faut encore découvrir en soi, on voit avec le recul quelle ignominie aura été l’impossibilité d’une parole librement exercée, la prohibition de la faculté fondatrice de l’humain, cette « facilité » originelle de dire, qui s’est alors repliée sur elle-même en <em>kongossa</em>. Place dorénavant à la rumeur aussi insidieuse que vénéneuse, mélange fumeux d’indiscrétions filtrées et d’affabulations toxiques à tête chercheuse, s’installant en culture populaire. Et par contrecoup, il devenait carrément impossible de distinguer le vrai du faux. Des vessies percées s’y entendaient à merveille en 1979 pour mimer des lanternes chinoises, déjà. De doux leurres en couleurs servaient de placebo aux douleurs. L’illusion de prospérité économique tenait encore la route.<br />
<strong>Dans la brèche</strong><br />
Personne ne pouvait imaginer Ahmadou Ahidjo, le père fouettard de la nation, abdiquant au profit de qui que ce soit. Et pour cause : le Pouvoir est une drogue franchement dure. Plus dure que toutes les substances pourchassées par la DEA américaine : cocaïne, héroïne, crack &amp; Co. Quand on en a tâté un peu et joui de ses effets euphorisants, on en veut toujours plus, encore et encore, en doses de plus en plus fortes, vu que la saturation repousse en permanence le seuil de l’extase. Addiction. L’atmosphère politique était déjà(aussi ?) à hors-Lui-le-chaos. La vitrification de la parole produisait un champ lisse, plat, un désert sans aspérités, sans relief, et l’Université réduite à sa plus simple expression : une fabrique industrielle et post-coloniale de diplômés tropicaux promis au chômage, se taisait comme les chiens chez le preux du  verbe volcanique, Aimé Césaire, dans l’ombre de la ronronnante propagande du Parti. Echaudé par l’expérience depuis l’affaire du train de la mort en 1962 et pour s’être attiré les foudres canoniques du dispositif immunitaire en diverses occasions, la rédaction de l’Effort Catholique se cantonnait dans une neutralité toute évangélique et pastorale, quitte à glisser entre les lignes un son de cloche fêlée pour les fins lecteurs. Au nez et la barbe de la vigilante et sourcilleuse censure ? Ce n’est pas dit : jamais ses fonctionnaires zélés ne furent des simples d’esprit auxquels une posture subversive en filigrane eut échappé. L’année d’avant, le 18 février 1978, le Grand Camarade avait célébré sa vingtième année aux commandes du Cameroun : ce n’était plus nécessaire de faire ouvertement les gros yeux. Sauf si fronde il y a sur le campus universitaire pour cause de mal bouffe au resto U. Et de Khartoum où le Grand Camarade se trouve alors en visite officielle, çà donne à la une du quotidien gouvernemental Cameroon Tribune: L’ORDRE RÈGNERA PAR TOUS LES MOYENS ! Dans cette étroite brèche qui ne disait pas son nom, un jeune homme se glissa avec son projet : être un messager. Une voix dans le désert ? Connaissant la suite de l’aventure, et la place cruciale que son journal aura prise dans le paysage vert-rouge-jaune, en tant que bannière et tribune de la contestation politique au crépuscule du siècle dernier, force est de dire que non.<br />
Il faut vraiment être habité par une authentique vision et une espérance qui ne l’est pas moins, pour se lancer à corps perdu dans une aventure de presse en 1979, alors que <em>Yoma Yoma </em>vient de révéler le Dina Bell et fait swinguer les nuits blanches de la mise-en-bière. Yves Michel Fotso épatait les filles et frimait sur le tronçon carrefour Warda-Pharmacie du Soleil à Yaoundé, le tronçon m’as-tu-vu de la capitale, avec une Mercedes vert forêt du vaste parc automobile familial, rivalisant dans la parade en chevaux fiscaux avec une pléiade de fistons résidant en Whiteland et revenant périodiquement en vacances au mboa. Les frasques du sémillant Jean Louis Ava’a Ava’a alias Effet-Joule, défrayaient la chronique locale, salée et poivrée, des potins mondains : on dirait people et bling-bling aujourd’hui. Le champagne importé par un Christophe Ngayo passait la douane libellé eau minérale. Moyennant une homonymie pétillante et opportune. Les gabelous avaient certainement la berlue et la tête prise un peu ailleurs…<br />
Pour qui eut voulu alors se lancer dans ce créneau inédit, il ne manquait certes pas de « sensation » à mettre sous presse entre Douala et Yaoundé uniquement. L’élite urbaine y faisait allègrement la java et bombance avec l’argent du principal contribuable : les planteurs de cacao et de café, ces mamelles canoniques de l’économie camerounaise claustrée encore dans le secteur primaire. Les fringants flambeurs et « faroteurs » de 2010 ont bien de qui tenir sur le palier branlant de la vacuité phallique, aussi vertigineuse que triomphante, à l’instar de Samuel Eto’o et de ses émules, le Hummer Club. Les chats ne mettent pas bas des chiots. Les prédateurs incrustés dans les rouages de l’Etat, à la façon de virus implantés au cœur du génome des cellules, trayaient sans scrupules la vache à lait : ils pillaient déjà impunément le Trésor public en puisant par mille procédés sordides dans ses caisses. Le plus courant et grossier dans ces eaux étant la surfacturation éhontée des livraisons en entente cordiale avec les fournisseurs de l’Administration. Au <em>Kannibale Kontrarié</em>, de doux rêveurs en tout genre refaisaient parfois le monde en jazz et la tourmentée Koko Ateba rôdaient ses suaves ritournelles. Il y avait une certaine poésie dans l’air…<br />
<strong>Sous le signe de Koba</strong><br />
On ne l’inhumera certes pas le jour venu avec une pierre lestant sa main droite, le Pius, ainsi qu’il est d’usage dans la tradition bamiléké à l’endroit de ceux et de celles qui meurent sans progéniture laisser. Pour avoir frayé une voie dans l’Histoire turbulente de son pays vert-rouge-jaune, du coup, la sienne n’est plus seulement de chair. Elle est aussi et sera demain davantage d’esprit. L’engagement dans la cité n’est guère une sinécure : on le sait depuis Socrate que son ironie mordante mena tout droit à boire la potion mortelle de cigüe. Comme d’autres en prison ou à la mort par exécution sommaire dans un coin de forêt. Voire cloué sur une vile croix au sommet du Golgotha. Cet itinéraire en forme de cause brandie haut et portée de vive voix n’est pas de tout repos sur Terre. Ne s’y lance pas qui veut. Pour finir comme Patrice Lumumba dans un bain dissolvant d’acide ? Le commun des mortels veut jouir de la transiente vie par tous les pores de la peau, même si c’est en barbotant dans une bauge fangeuse et nauséabonde de porc. Parce que la vie est finalement courte si on ne voit pas plus loin que le bout de son nez : attitude très camerounaise et séquelle vraisemblable de la dictature, du temps de cette glaçante Peur bleue rivée au ventre. Se tenir bien droit dans ses bottes passe pour du masochisme au voisinage nord de la latitude zéro, quand pactiser sans vergogne avec le Diable et ses assistants est la règle. L’épopée politique au Cameroun sera donc à tout jamais inséparable de l’itinéraire personnel de Pius Njawé qui se tint avec aplomb dans le rôle public de la mouche irritant et enflammant la narine du lion : l’une et l’autre se confondent définitivement. Exister, dit le philosophe Paul Ricoeur, c’est résister. Les historiens de la presse aussi bien que les généralistes ont du pain et plus encore sur la planche.<br />
Sur nos « axes lourds » tellement meurtriers, les silhouettes noires de contreplaqué fichées sur le bas-côté de la chaussée nous rappelleront pendant un moment encore qu’un homme meurtri et choqué par la disparition brutale de son épouse dans un accident de la circulation, les conçut pour attirer l’attention des usagers de la route. Afin que des existences ne soient plus prématurément interrompues, ni des familles plongées dans l’affliction par la négligence, la somnolence au volant, le piteux état des pneus, celui des freins, ou par l’avidité. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus un seul un jour prochain. Et la prévention routière selon la Fondation Jane &amp; Justice aura vécu. Qui n’imagine les colloques homériques que Pius Njawé, Mongo Beti, René Philombe et leurs illustres devanciers dans la galerie impossible sur Terre des héros vert-rouge-jaune, vont dorénavant tenir dans les limbes, sans qu’aucune intervention musclée de police ne s’en mêle ? De leur vivant copieusement engagé, ce fut plutôt la croix et la bannière, ces rencontres étant fort mal vues par l’ordre établi depuis 1958 dans leur pays. Aux hommes et aux femmes dignes de lui d’hier à aujourd’hui, en attendant la cuvée de demain, le Cameroun à-venir érigera en temps utile un mausolée de reconnaissance due. Ils ne perdent rien pour attendre. Le crépuscule de l’ivraie est en cours. L’étoile du bon grain s’allume, alors que se lève le vent de la Restauration qui sera menée sous le signe transcendant de Koba.</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa  suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit  exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra  continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y  aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="http://www.lionelmanga.com">ici</a>.</strong></p>
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		<title>LES CHANZÉ</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Jul 2010 22:19:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
				<category><![CDATA[Post-Indépendance]]></category>
		<category><![CDATA[14 juillet]]></category>
		<category><![CDATA[champs-élysées]]></category>
		<category><![CDATA[tirailleurs]]></category>

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Est-ce que les stratèges de l’UMP ont jamais lu Le Nègre Potemkine ? Savent-ils que l’auteur de cette farce aussi hilarante que délirante séjourne depuis trente six ans en Hexagone ? Un Camerounais droit dans ses bottes, nommé Blaise Ndjehoya, alias Ed Makossa sur les bords de la [...]]]></description>
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<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Est-ce que les stratèges de l’UMP ont jamais lu <em>Le Nègre Potemkine</em> ? Savent-ils que l’auteur de cette farce aussi hilarante que délirante séjourne depuis trente six ans en Hexagone ? Un Camerounais droit dans ses bottes, nommé Blaise Ndjehoya, alias Ed Makossa sur les bords de la Seine, alias Lamda ou Lamdoche pour ses condisciples chez les pères Jésuites de Libermann à Douala? Si c’est non, alors tous devraient se dépêcher de l’acheter et de le savourer après le taf, d’autant qu’il est réédité ces jours-ci. Si c’est oui, alors quelqu’un devrait se soucier sérieusement de verser des droits d’auteur au ci-devant écrivain et <em>ultima</em>( ?) dandy tropical hexagonal. On pourrait même imaginer Nicolas le Bref le recevant à déjeuner pour cette prémonition romanesque. Mais connaissant l’oiseau Ndjehoya, en admettant qu’il daigne agréer l’invitation et ce n’est absolument pas garanti, peu attiré par les ors des palais de la Marianne, cette entrevue de haut vol risque au grand mieux de se solder par une belle apoplexie, <em>fatal error</em> 634, pour l’actuel locataire de l’Elysée. Au très grand mieux. Avant cette descente aux enfers en ascenseur ultra-rapide, lui et son cercle se seront copieusement fendu la poire, ils auront bien ri, de très bon cœur même, avec les aventures désopilantes d’un trio d’anciens combattants des bataillons indigènes de l’armée bleu-blanc-rouge, invités à parader sur les Chanzé un 14 Juillet. En souvenir du bon vieux temps de la guerre contre la peste brune et nazie. Sauf que dans le scénario de Lamda, il n’y a pas les chefs des Etats flasques assis à la tribune aux côtés de leur « homologue » organisateur et de sa Carla jamais rembrunie sous les vagues de ragots, toujours souriante, pimpante.<br />
<strong>Mythique Whiteland</strong><br />
Ici ne va point sans là-bas, sans un ou moult ailleurs. Plus loin que les limites prescrites par la norme du groupe. Plus loin que la niche où nous venons au monde si vaste qu’une vie ne suffit pas à en faire le tour complet sous toutes les latitudes, à en explorer les moindres coins et recoins, sauf à l’y dédier entièrement et à en avoir les moyens financiers. L’attrait de l’inconnu, spécifique transgression d’une naturelle claustration, procède de cette même inexorable et insatiable curiosité qui nous anime depuis le début de l’odyssée, nous les gros cerveaux bourlingueurs et dispersés partout dans la biosphère terrestre, fondamentalement libres de la détermination génétique rivant <em>ad vitam</em> les animaux à des circonscriptions écologiques dédiées, indépassables, pour ainsi dire réglées à dessein par l’Evolution, qui plus est finement, avec une précision surpassant incontestablement celle des montres issues de l’horlogerie suisse : elles restent encore des mouvements de rouages dentelés et entraînés par des engrenages mécaniques. Une girafe ne « rêvera » jamais de forêt, ni un singe de désert. On peut se demander si un Inuit rêve de l’équateur brûlant, ou à l’inverse, un Baka du pôle nord si froid. Ailleurs se pratique au quotidien en mode mythe et fascination charriant son contingent d’affabulations plus ou moins grotesques. Ainsi de Whiteland vu d’Afrique. Référence absolue en tout et pour tout jusqu’à une date récente, par principe. Blanc rimant avec perfection, idéal. Proche de Dieu ? Subliminal ? Il n’en va certes guère autrement à une époque pas si lointaine que cela. Voir Paris et être au Ciel. La <em>so called</em> ville-lumière. Et cette artère rectiligne qui s’étire de l’Obélisque ravi par Napoléon à l’Egypte, place de la Concorde, à l’Arc de Triomphe, place de l’Etoile. Les Champs-Elysées. Les Champs tout court pour les branchés et les Parisiens, et entre ces deux appellations, les Chanzé dans <em>Le Nègre Potemkine</em>, en slang local. Et je t’envoie des photos faisant foi au <em>mboa</em> de « j’y suis », prises au bord de toutes ces œuvres monumentales placées dans l’espace public, la tour Eiffel n’étant <em>of course</em> pas en reste, pas plus que le Trocadéro.  Mythique Whiteland. Aspiration à aller voir largement partagée à tous les étages de la société. Et quand vient le moment de choisir dans une armée quelques éléments pour composer un carré au défilé du 14 Juillet, je vous laisse imaginer le remue-ménage cabalistique et souterrain des influences au sein même du très haut commandement qui détient la primeur de l’information. Les interférences. Chaque officier général souhaite en effet mettre sur la liste des partants un sien ou une sienne,  via un relais située plus bas dans la hiérarchie militaire et administrativement concerné(e) par ce dossier. Lequel ou laquelle à son tour, sous l’égide du précédent, va procéder au casting opportun à son niveau de décision. Cascade de conversations téléphoniques assurée en passant par le ministère en charge des affaires étrangères et l’état-major militaire de la présidence de la république, plus le cabinet civil, parties forcément prenantes dans une opération diplomatique de cette étoffe, chacun ayant ses entrées personnelles dans l’armée. Les larsens de la discordance ne manquent guère sur un tel palier encombré de puissances égales. Chacun des <em>n </em>retenus sait que tout peut arriver, jusqu’à la dernière minute, tant qu’il n’a posé le pied sur l’échelle de coupée, tant que son corps n’est pas dans le zinc, sanglé sur un siège. C’est l’effet-cargo en mode places ultra-rares.<br />
<strong>Cold case</strong><br />
Sachant que « ici » avait toujours chaudement participé à la rescousse de « là-bas », de notre Ailleurs bleu-blanc-rouge, depuis l’épopée des premiers tirailleurs, il se leva un doute chauffé à blanc dans l’esprit féru d’inquiétude intellectuelle de Blaise Ndjehoya. Comme le vent se lève en mer et forcit. Aucun signe de cette lourde contribution en sang n’apparaissait clairement dans l’espace public, nulle part. Zéro trace écrite ou monumentale des bataillons indigènes, de leur insigne courage sur tous les fronts victorieux de toutes les guerres de l’Empire et après. Zéro trace visible de leur sacrifice indéniable pour la « mère patrie » dans la mémoire civile, ordinaire, partagée, vivante et constitutive du sentiment national. Trou noir. Occultés. Zappés. Minimisés. Armé de son étoffe de fouineur, Ed Makossa s’en fut <em>kougna-kougna </em>en investigation, il se mit sur la piste de cette extraordinaire absence, de ce formidable déni, en quête d’indices probants, à la manière d’un « privé » enquêtant sur un crime oublié.  Affaire close. <em>Cold case</em>. Le crime d’oubli du sang versé des « autres » soldats. Comme si le sang avait deux couleurs. Comme s’il y avait plusieurs manières de tomber à la guerre sous le feu nourri d’une rafale de mitrailleuse, lorsque la section monte comme un seul homme à l’assaut d’une position ennemie. Comme si la balle arrivant en face, façon relativiste <em>Matrix</em>, faisait la différence en trouant les chairs et les corps, en tuant.<br />
Une fois que la conviction du sieur Blaise Ndjehoya fut définitivement faite, ayant en sa possession suffisamment d’éléments convaincants, à l’instar d’un procureur officiant pour déclencher une procédure d’inculpation, restait encore à élire un mode d’exposition, parmi plusieurs, de ce riche matériau récolté, accumulé par une recherche exigeante dans une kyrielle d’archives. Et ce n’était pas le plus simple dans l’affaire. L’option classique passait par écrire longtemps une pesante thèse de doctorat de troisième cycle en Histoire, à soutenir ensuite devant un jury d’universitaires sourcilleux, attentifs aux énoncés et aux arguments, à l’exercice de la raison historiographique. Assommant de chez assommant. Avec l’ambition affichée de s’inscrire dans une perspective carriériste. Genre Achille Mbembe. Trop peu pour un électron libre, pour ce poète dans l’âme. On ne fréquente pas assidûment Chester Himes, Jack Kerouac, Céline ou Dostoïevski, entre autres écrivains, en vain : ça donne terriblement soif, des ailes et des idées. D’où celle de « monter » une fiction improbable sur ce thème du retour de mémoire en France, une expérience de pensée littéraire, en prenant pour prétexte la fête nationale bleu-blanc-rouge. Vladimir Jankélévitch disait, qui gratifiait souvent, sinon toujours, ses étudiants en philosophie d’un morceau de musique classique joué au piano, que « ce qui a été ne peut pas ne pas avoir été ». Énoncé délibérément tautologique qui stipule fortement la grossièreté autant que l’impossibilité foncière du déni de mémoire pourtant couramment pratiqué et sous tous les cieux, sur le continent africain. Entre un pensum académique et un folâtre roman, il n’y avait pas vraiment match dans l’esprit du citoyen Makossa wa Makossa. Sinon pour la forme. Quand retentirent les trompettes de l’été 1988, <em>Le Nègre Potemkine </em>était dans les librairies. Sur fond de <em>Yèkè-Yèkè</em>, le tube estival de Mory Kanté, et de première sortie des Têtes Brûlées. Au plus haut de la vague black, dans une France battant pavillon socialiste par un sympathique vent de force trois tranquille : François Mitterrand rempilait à l’Elysée. Une comète avait traversé le ciel des lettres et elle poursuit actuellement sa course en solo, sur une orbite excentrique, loin du vide intersidéral que la société du spectacle produit <em>today </em>à l’aune postmoderne.<br />
<strong>Gestes</strong><br />
Si l’Afrique subsaharienne, noire, a pâti des préjugés meurtriers de l’arrogance occidentale dans des proportions vraisemblablement sans précédent dans l’Histoire, cela ne lui confère pour autant aucun privilège particulier. Et à bien des égards, elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même pour ce qui est du naufrage constaté de l’Indépendance par tous les observateurs objectifs. Pour toutes les tribulations endurées objectivement du fait des autres depuis cinq cent ans, elle mériterait probablement des réparations astronomiques. La saison éponyme, sans adjectif, bat son plein. Dans la rade de Toulon déjà, moyennant un somptueux ballet naval, Jacques Chirac, alors chef de l’Etat, avait entrepris de remettre quelques pendules officielles et publiques à l’heure exacte dans la relation historique entre la France et l’Afrique. Son successeur hyperactif poursuit ce geste inaugural avec cette parade de soldats africains le 14 Juillet 2010. Dans ma langue ewondo, l’ironie dit volontiers que « <em>mouanga a siki ayé a douk </em>», soit dans celle de Voltaire : c’est facile de berner un gamin. Quelles que soient les considérations non dites qui la motive l’une comme l’autre, l’abstention de la Côte d’Ivoire et de Madagascar honore ces deux pays, <em>more than words can say</em>. La Grande Ile attend encore que la France reconnaisse le massacre commis en 1947 et présente des excuses conséquentes. Car et quoique les commentateurs politiquement corrects déploient une argumentation raisonnée, positive et tout ce qu’on veut, il n’en demeurera pas moins que ce raout sera raillé et le mérite cent mille fois. Ambiance néo-féodale. Suzerain et vassaux réunis pour va savoir quelle satanée cause. Ce scénario fait certainement partie de la rupture bruyamment annoncée avec les manières d’avant. Sauf qu’un écrivain, récemment encore ambassadeur bleu-blanc-rouge appointé au Sénégal, Jean Christophe Rupin, indexe des réseaux d’influence pilotés par le secrétaire général de l’Elysée. Son éjection fait des vagues de trois mètres de haut. Abdoulaye Wade ne le supportait plus et il a été rappelé dare-dare. Faut surtout pas embêter le Vieux qui ne veut en faire qu’à sa tête. La décristallisation des pensions dues aux anciens combattants arrive un peu tard  pour tous ceux qui ne sont plus de ce monde. Le vin, le champagne et les petits fours seront de haute qualité à la garden-party présidentielle post-Chanzé. Paris au frais de la princesse, c&#8217;est trop cool, même s&#8217;il y fait un tantinet canicule cet été.</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>MISSIVE À PAULINE</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 21:59:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
				<category><![CDATA[Post-Indépendance]]></category>
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Ce texte est un &#171;&#160;article press lib&#8217;&#160;&#187;  (*)
Dans leur aptitude éprouvée à la cruauté délibérée, les bourreaux aménagent parfois et selon leur bon gré : rien ne les y contraint, une rainure de souveraine mansuétude envers leurs victimes, où une requête viendrait se glisser, genre une dernière lettre conçue comme un testament destiné à ceux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/LUMUMBA.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-639" title="LUMUMBA" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/LUMUMBA-211x300.jpg" alt="" width="211" height="300" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo;  (*)</strong></p>
<p>Dans leur aptitude éprouvée à la cruauté délibérée, les bourreaux aménagent parfois et selon leur bon gré : rien ne les y contraint, une rainure de souveraine mansuétude envers leurs victimes, où une requête viendrait se glisser, genre une dernière lettre conçue comme un testament destiné à ceux qui restent. Cette faveur insigne au bout de son martyre fut ainsi accordée à Patrice Lumumba, par les siens de bourreaux en 1961. Qui avaient reçu pour ordre de mission sa liquidation physique et son annihilation totale. Aucune once corporelle du tribun de Léopoldville ne devait subsister. Rien. Ce qui fut fait. Diligemment. Proprement. Un long bain d’acide après dépeçage de la dépouille. Y’a pas mieux en mode effacement de toute trace du forfait accompli. La tentation patriotique était avertie : promesse de mort ultra-violente. Cette missive au bord du gouffre du charismatique leader congolais est entrée dans les annales de l’Histoire. Il avait 36 ans. Elle était adressée à son épouse Pauline et lui disait tendrement « <em>Ne me pleure pas, ma compagne</em> »,  sachant bien évidemment que sa proche fin était inéluctable, programmée par les colonialistes et leurs suppôts locaux. A ses enfants qu’il laissait et ne verrait donc point grandir, il entendait « <em>qu’on dise que l’avenir du Congo est beau</em> » malgré les obstacles et les manigances de tous ordres. En leur assignant la «<em> tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres </em>» : c’était en Janvier 1961. Et déjà les dés étaient pipés, l’Indépendance transformée « <em>en une cage où l’on nous regarde du dehors</em> » comme à l’Exposition Coloniale de 1931. L‘objectif étant de « <em>reprendre sa dignité sous un soleil pur</em> » : tout un programme. Il eut en fait consisté à « <em>dire non au capitalisme dégradant et honteux</em> » qui continue pourtant de sévir sur le continent et d’y faire des ravages apocalyptiques d’une ampleur phénoménale et d&#8217;une aube à l’autre. On peut bien crier ici « haro sur le consensus ! » comme on crie « au voleur ! »&#8230;<br />
<strong>Un ver qui court</strong><br />
La missive de Patrice à sa Pauline en atteste : il y avait un ver dans le fruit. L’époque était à « ou c’est lui ou c’est moi » entre l’Est et l’Ouest. Vodka ou Coca ? Fidel Castro et Che Guevara avaient évincé Batista à Cuba. Que savaient les masses de cette tension idéologique qui était le moteur des relations internationales et le cadre du monde d’alors? Logique binaire, logique d’impasse. Quarante neuf ans plus tard, la faucille et le marteau ont disparu de la scène mondiale. Les fanatiques zélateurs et les armateurs du capitalisme ont beau jeu depuis 1989 de se couronner avec le naufrage de l’URSS : c’est une couronne de toc, de paille, de bric et de broc. Le démantèlement du système soviétique, précipitant sa débâcle sous le poids des contradictions internes, par Mikhaïl Gorbatchev, n’est pas un certificat de validation du néolibéralisme. Même par défaut. Le visage hideux du monstre n’apparait jamais mieux que dans les industries extractives à haute intensité capitalistique qui sont implantées en pays kongo depuis belle lurette. Copperland ou terre du cuivre. Réalité universelle et historique de l’exploitation de l’homme par l’homme, pour le dire sans prendre de gants. Les travaux forcés un peu partout sur le continent en furent un autre aspect ignominieux. L’état des lieux en pays pauvres très endettés est éloquent. De sa déportation tragique, Patrice Lumumba annonce en fait le Fiasco de l’Indépendance. Sa prémonition se vérifie chaque jour éphémère que le soleil fait et que la nuit évince depuis quarante neuf ans. Le ver qui se trouvait dans le fruit court toujours et a corrompu l’espérance radieuse de ce (re)commencement moderne en désespérance fangeuse. Autant dire que le programme de « <em>reprendre sa dignité</em><strong> </strong>» reste entier. La dignité comme un capital inaliénable. Dont l’Afrique fut dépossédé avec la Traite. De sorte que la Conférence de Berlin taille et distribue des portions aux uns et aux autres, dans une immense friche ployant sous une indicible léthargie, tandis que les ethnologues et les anthropologues se font livre après livre, monographie après monographie, les greffiers minutieux d’un désastre achevé. L’attrition se poursuit en ce tout début de 21ème siècle battant pavillon turbo-capitalisme : le porc-épic est devenu le cauchemar absolu du porc-épic dans leur niche écologique. La théorie du pouvoir d’achat et de la rareté produit un monde violemment asymétrique sous toutes les latitudes. L‘entropie qui vrille de part en part l’Afrique de la post-Indépendance atteste de l’échec fracassant du modèle capitaliste où une minorité a tout pour elle en instrumentalisant l’Etat, quand les filles du plus grand nombre ont le choix entre la prostitution à ciel ouvert dans les rues dédiées de la Ville, glauques, et la prostitution clandestine dans les confidentiels snacks climatisés, où traînent des mâles en rut permanent. Cherchez la différence. Entre les « have » et les « have not » l’abîme déjà profond continue de se creuser. Et à part çà, tout va bien, Madame la marquise ? Le ver court, court…<br />
<strong>Duel</strong><br />
Imaginons Patrice Lumumba sortant de son séjour dans les limbes pour une courte virée sur Terre. Que verrait-il à Kinsahasa, alias Kin-la-Belle ? Si ça se trouve, il arriverait un soir de duel annoncé entre deux icônes populaires ayant chacune son public et ses codes. Duel au micro et en décibels façon marathon, interminable. Soit une joute de voix opposant un Werrasson et un J. B. Mpiana.  Deux « ambianceurs » hauts en couleurs qui animent leur espace national avec des défis puérils et un talent certain. Course à la renommée. C’est à qui sera le plus beau, le plus prodigue, le plus vain dans cette surenchère chevauchant à bride abattue Ego, alors que la rumba congolaise de Franco &amp; Co berce notre nostalgie fissurée de haut en bas. Elle traverse les nuits blanches urbaines à Douala et ailleurs sur le continent depuis déjà plus de cinquante ans. Kin vit empalée sur l’attente fiévreuse de ces face-à-face dans le Fiasco assourdissant. La mégalomanie se porte à merveille au sud du Sahara et compense l’inconsistance flagrante des uns et des autres. Inflammables comme l’herbe de la savane en saison sèche. Ou du papier. Lumumba a produit des musiciens. Mais lorsque la musique est tout ce qui reste quand les rêves sont partis en fumée, il convient de s’inquiéter et de s’interroger. Ce n’est pas le jazz qui a mis sur orbite de prospérité les USA, même si Miles Davis en a bienvécu. Le reggae a eu beau se répandre sur les cinq continents et avoir acquis un statut sans précédent pour une cadence « sudiste », la Jamaïque tire encore le diable par la queue et des Dudus Coke &amp; Co, import-export de substances illicites, en font le lit à baldaquin dans lequel ces truands se vautrent, passant pour des gentils garçons auprès des myriades démunies qu’ils saupoudrent de générosité, en échange de leur protection comme il s’est clairement avéré lors de la traque pour le capturer, lancée par le gouvernement de Kingston, sur l’insistance pressante de Washington. Pseudo Robin des Bois, ce Dudus. Et donc Patrice flâne, erre, déambule dans la ville de sa saga patriotique. Nul doute qu’au bout d’un moment, il en aura le cœur lourd. Lui et ses partisans seraient morts pour ce désastre ? Dans ce délabrement, où dénicher une lamelle d’espoir ? Au fond de quelles venelles calamiteuses qui ne figurent pas dans les guides pour touristes douillets ? Quid des interstices improbables de lumière vive dans cette nuit anthracite épaisse ? Bars tonitruants, alcool et pression de copulation. Y’a quoi ? La vie est belle. Y’en a à gauche, y’en a droite. Y’a qu’à mordre à pleines dents dedans. Comme la pomme d’Adam, disait la chanson soixante-huitarde de Maxime le Forestier. En ajoutant aussitôt que le paradis n’existe pas et que c’est nous qui le faisons. Pour l’heure, il s’agit d’abord de quitter l’enfer de la voie capitaliste, de lui opposer une alternative pour envisager un futur différent de ce côté de la planète en crise climatique inexorable. Chaud devant avec les gaz à effet de serre. Il y a un virage technologique serré à prendre. Genre bifurcation. Considérant les autocraties qui gèrent le Fiasco, le tonneau avec les quatre roues en l’air est à craindre. Au terme de sa déambulation nocturne dans la décrépitude, enchaînant les artères truffées de shégué : les enfants à la cloche, battant la semelle, Lumumba versera vraisemblablement des larmes amères comme la quinine et se dépêchera de regagner son séjour, atterré par ce qu’il aura vu.<br />
<strong>Déficit d’abnégation</strong><br />
Dans la missive à Pauline, son héroïque époux dit que ce n’est pas lui, sa personne, sous entendu petite, qui compte, mais bel et bien le Congo. La foi ne s’invente pas, ni ne s’achète au supermarché du coin. Le Congo ne compte certes pas pour les seigneurs de la guerre locaux, ces nouveaux Kurz: c’est le nom du personnage de Joseph Conrad dans ce roman que tous les jeunes africains devraient lire, <em>Au cœur des ténèbres</em>. Assoiffés de pouvoir et d’argent comme lui ils sont. Rien d’autre ne compte à leurs yeux et dans leurs têtes de crocodiles affamés tapis au ras d’un marécage, attendant.  Déficit d’abnégation sur toute la ligne. Du planton au chef d&#8217;Etat. Chacun roule d’abord pour lui et après on voit. La droiture porte des chemises élimées et des chaussures usées par la marche à pieds, quand la vénalité caracole dans des berlines coûteuses à air conditionné et construit des <em>mansions</em>. La probité essuie quolibets et railleries à son insu et même ouvertement. Les hyènes ricanent en festoyant de bonne chère, de vins fins et de bon cœur. « <em>Qu’est-ce que tu veux même nous montrer ?</em> ». La conscience ? Ils n’en ont guère. Ou alors elle leur sert à l’année de paillasson inusable. Comment le rapporter autrement, tant cette vilenie est sans vergogne, sans modération ? L’ignominie se tient fermement aux commandes du réalisme matérialiste sordide qui ronge l’Afrique tel un cancer qui n’est plus sournois depuis fort longtemps.<br />
Les derniers mots adressés au monde d’un homme promis à la mort sourdent de l’immortalité où il entre derechef par la grande porte. Si ses bourreaux se montrent magnanimes. Rien ne les y oblige dans leur toute puissance d’interrupteurs imminents de sa vie. « <em>Ne me pleure pas, ma compagne</em> ». Rester forte. Ne pas s’effondrer. Surtout. Digne. Pour les enfants. Le regard tourné vers le « <em>soleil pur </em>» qui se lèvera, <em>one day one day</em>. Fait quoi fait quoi. Tout a une fin et tout a un commencement sur Terre. Qu’on se le dise. Les fossoyeurs de l’Indépendance peuvent même commencer à faire leurs prières. Le vent aura déjà tourné quand ils s’en apercevront. Ils n’empêcheront plus longtemps l’Afrique de prendre la route de son bel avenir, vers la liberté. Même dans ce monde voyou, cynique, du capitalisme globalisé et globalisant.  Avec ou sans casse à la clé? C’est à eux de voir, la balle se trouve tout entière dans leur camp. Nul n’a jamais vu que le jour ne s’est pas levé, n’a pas point sur l’horizon, évinçant la nuit sur fond de gazouillis général de la gent ailée. Du fond infini de la disparition et de la mort, la détermination  de Patrice Lumumba nous regarde droit dans les yeux et elle nous interpelle. Le ver court. Et cette course n’a que trop duré au sud du Sahara.</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>SPECTRES &amp; DIAMS</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jul 2010 18:59:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
				<category><![CDATA[Post-Indépendance]]></category>
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Vertu classée mythique en Afrique, au point presque d’y passer pour son propre, l’hospitalité est un processus constitué d’étapes scandant une kyrielle d’attentions spéciales depuis l’instant où l’hôte arrive jusqu’à ce qu’il s’en reparte. Naguère, chez les peuples Beti, les aristocrates de la forêt chers à Philippe Laburthe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/DIAMS1.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-634" title="DIAMS" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/DIAMS1-263x300.jpg" alt="" width="263" height="300" /></a>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Vertu classée mythique en Afrique, au point presque d’y passer pour son propre, l’hospitalité est un processus constitué d’étapes scandant une kyrielle d’attentions spéciales depuis l’instant où l’hôte arrive jusqu’à ce qu’il s’en reparte. Naguère, chez les peuples Beti, les aristocrates de la forêt chers à Philippe Laburthe Tolra, auteur d’une impressionnante monographie en plusieurs volumes sur eux, le maître polygame des lieux la poussait jusqu’à proposer, pour réchauffer les pieds, l’équivalent d’une bouillote : en l’occurrence une de ses épouses. Dans ces cultures de la narration dédiée, si le prestige attaché aux marques d’attention est proportionnel à la qualité de l’hôte, entre vulgaire et haut rang, elles ont surtout vocation à nourrir le récit élogieux et détaillé que celui-ci, satisfait sur tous les plans, fera à son entourage de ce séjour princier, une fois ses pénates regagnées indemne. Toutes choses étant égales par ailleurs, il faut veiller dans cette démonstration à ne pas sombrer dans l’enflure grotesque, qui serait alors absolument contre-productive, et surtout matière à ironie cinglante et au long cours. Surtout lorsque qu’on se trouve être un chef d’Etat africain et congolais, Joseph Kabila-le-Fiston, recevant le roi et la reine des Belges, dans le cadre de la commémoration officielle de ce Cinquantenaire des Indépendances. Déplacement sensible qui plus est pour le royal couple, compte tenu du passé récent et moins récent de la relation qui fut parfois orageuse entre les deux pays. Avec en toile de fond une possible réouverture du dossier Lumumba. Pour la bonne raison que la justice reste encore à rendre dans cette affaire emblématique du climat des Indépendances. Ce n’était donc vraiment pas une brillante idée présidentielle d’offrir à Fabiola de Belgique une parure complète en diamants du Congo. « <em>Mon Dieu ! Pas çà… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? </em>», a-t-elle du se dire intérieurement en s’efforçant de ne pas ciller, de conserver un maintien hiératique, face à ce présent encombrant, trop probable pour être symbolique et avoir de la valeur à ses yeux et ceux de son époux. Même si elle n’est pas la fastueuse Couronne britannique, la belge ne manque assurément pas de joyaux dans ses cassettes et ses coffres. Un porte-parole de Kinshasa peut toujours monter en catastrophe au créneau pour diluer les gorges chaudes de la presse belge dans un piteux démenti, le secret traînant dehors, le crime de lèse-majesté plane. Car c’est prétendre par là que le roi et la reine du « plat pays » de Jacques Brel, racontent de scintillants bobards, alors qu’ils pataugent bel et bien dans un embarras royal.<br />
<strong>Sanglantes convoitises</strong><br />
Si un pays a pâti de sa dotation minérale, « un scandale géologique », en Afrique, c’est bien le pays de Patrice Lumumba, dont le sort, martyre en plus, est en tout point parallèle à celui de Mohammad Mossadegh destitué en Iran par la CIA, en août 1953, à la faveur d’une opération baptisée Ajax, pour garantir les intérêts occidentaux dans l’industrie pétrolière locale que ce dernier, alors premier ministre, avait nationalisé en 1951. Le Persan mourra en résidence surveillée : il repose sous la salle à manger de sa propriété familiale, alors que du Bantou, il n’est rien resté de son corps dissout dans de l’acide. Le sous-sol de l’ex Congo belge devenu Léopoldville à l’indépendance, puis Zaïre battant pavillon Mobutu, et dorénavant république démocratique, n’en finit pas d’alimenter de sanglantes convoitises qui l’ont considérablement déstabilisé ces dernières années. Les seigneurs de la guerre se sont apparemment calmés au bout de quelques millions de morts dans cet énorme lopin de Terre trop bien loti par la nature. Tellement que pour faire main basse durablement sur ces ressources minières, l’avidité des prédateurs en orbite stationnaire est prête à tout. Et la vie de dizaines de milliers de villageois qui n’avaient rien à y voir est devenue un enfer permanent, alors même que les débordements des enfants-soldats défrayaient la chronique des atrocités ordinaires. Par milliers, largués, jetés par leurs familles, créchant à l’auberge des courants d’air, dans la rue, d’autres enfants et adolescents jonchent les artères de Kinshasa, les shégué. Dans la vie civile, comme partout ailleurs sur le <em>dark continent</em>, les jours qui passent, charriant leur lot de trépassés, sont aussi durs que du granite, et les frustrations s’accumulent comme de la vaisselle sale dans un évier. La débrouille alias article 15 est le mot d’ordre collectif. Aucune différence sur ce registre avec le sauve-qui-peut-chacun-pour-soi de la panique générale. Le spectacle du chorégraphe Faustin Linyekula, <em>More future</em>, donne par son titre et comme il se déploie tout le long, une plus qu’exacte idée de la lassitude et de l’impasse congolaise. S’il y a bien un endroit sur la planète bleue où la panique touche vraiment à son comble <em>today</em>, c’est pour sûr au sud du Sahara. Ce que les trekkeurs qui entreprennent sa traversée pour gagner clandestinement Whiteland attestent au péril de leur vie. Sous cette lumière, offrir une parure complète de diamants à la reine de Belgique est totalement indécent. Dans le genre bévue monstrueuse, faire mieux relèverait carrément d’un exploit para-olympique : la faute grave de goût à éviter absolument dans le processus de l’hospitalité est amplement consommée.<br />
<strong>Gestes empoisonnés</strong><br />
Cette protocolaire et royale affaire de diamants entre le Fiston et la Cour, en rappelle une autre qui fit en son temps la une des journaux, où une réplique de Cour pour le moins improbable sera impliquée : celle de Bokassa 1er, autoproclamé empereur de Centrafrique. Rien moins. L’ex-sergent revenu d’Indochine, frère d’armes du Marcel Bigeard qui vient de s’éteindre en France et vétéran de Dien-Bien-Phu, psychopathe et despote, qui balançait ses contradicteurs à des crocodiles. Buvait-il vraiment du sang humain ? Lui et Idi amine Dada ont fait fort à leur manière. Toujours est-il que papa Bok s’était piqué d’offrir à son &laquo;&nbsp;cousin&nbsp;&raquo; Valéry Giscard d&#8217;Estaing des diamants, quelques modestes cailloux. La Marianne s’était émue à ciel ouvert. Scandale françafricain à faire branler le formidable pic du Midi. Un <em>must </em>de chez <em>mustard</em>. Croustillant comme le Canard Enchaîné les aime et il y est allé. Pas du dos de la cuiller. De ces diamants perlait le sang de la centaine d’enfants morts lors de la féroce répression en 1979 d’une manifestation. La plus belle femme du monde ne peut certes offrir que ce qu’elle a en propre. Pour autant, il est des marques d’attention qui sont des gestes aussi empoisonnés que les fléchettes au curare des Amérindiens de la forêt amazonienne, connus pour leur Tzantas, les têtes réduites. Il faut donc y regarder à deux fois au moins avant de les accepter. Ainsi de Naomi Campbell et d’un présent émanant de Charles Taylor. Elle va devoir s’en expliquer publiquement devant le TPI où se déroule le procès du ci-devant <em>war lord</em> libérien et architecte du cauchemar Sierra-Léonais. Sanglante convoitise. Un des plus splendides mannequins en ce bas monde n’a pas cru devoir prendre du recul et a juste succombé au chant hypnotique des sirènes, aux compliments mielleux d’une ignoble crapule en costume-cravate buvant probablement du champagne : il a plongé deux minuscules pays africains qui n’en avaient pas besoin dans le chaos par rapacité pure. Pour avoir la main haute sur le trafic régional de diamants avec ses associés. Proximité douteuse que voilà et la justice, pleinement dans son rôle, veut en savoir davantage. Des rampes sur-illuminées du catwalk au prétoire du TPI, il n’y a qu’un pas, si on n’y prend garde. De cette audition, miss Campbell retiendra au moins qu’elle doit choisir ses amis plus finement et éviter de fricoter avec des monstres sanguinaires.<br />
<strong>Opus One</strong><br />
La fascination pour les gemmes venues des entrailles du globe est la manifestation la plus criarde de certaine déraison et immodestie trop humaines. Rubis, émeraude, lapis-lazuli, topaze, jade, saphir &amp; Co hantent les coulisses de l’Histoire et soulèvent des passions meurtrières autour d’elles. Comment se sent-on quand on arbore une Piaget sertie de brillants acquise chez un marchand d’orfèvrerie rue Royale à Paris,  ou sur le Kurfustendam à Berlin, entre autres artères huppées et fréquentées par le gratin du Richistan, pour plusieurs millions de nos francs en monnaie de singe ? Plus légère ? Plus dense ? Plus beau ? Moins bête ? Différent(e) <em>of course</em> ? Mais comment et jusqu’à quel point? Bling-bling et glamour à fond les manettes dans la caravane mondiale des Opus One où chacun, chacune se sent une « étoile » à part entière et fait tout pour briller, briller et encore briller pour/dans les pages des pesants magazines en papier glacé de la mode ultra chic. Géante roue ou géante bleue ? Il y a astre et astre. Ils n’ont certes pas tous la même luminosité. Il était une fois la Liz Tylor et le Richard Burton, un couple mythique et sulfureux d’Hollywood s’il s’en fut, liés par une relation savamment orageuse, au vu et au des paparazzis affamés, avec régulièrement un diamant à la clé pour sceller la romantique réconciliation. Opus One, c’est Ego <em>today </em>dans toute sa superbe contemporaine, sans aucun <em>alter </em>à proximité pour lui faire la moindre ombre. Pas de grain de sable dans son trip. Venu au monde sans son compagnon utérin invisible, c’est un incomplet qui s’ignore et cabriole de ce fait dans une sourde névrose. Quelle vacuité l’engouement pour les diamants, clou convenu de la parure occidentale, comble donc depuis que cette pierre est sortie de son long séjour tellurique ? Je me prends parfois à imaginer un film d’animation en 3D avec pour unique plan séquence la traditionnelle montée des marches à Cannes et dans le sillage de tout ce beau monde parfumé, manucuré au plus près, pédicuré pareil, le sang ruisselant des diamants portés par les actrices, et quelques hommes aux oreilles. Et de ce lac pourpre surgiraient des spectres cauchemardesques s’en prenant au gotha mondial du cinéma et les ramenant dans leur néant. Ou encore : des joailleries dévastées par des esprits furieux et incontrôlables, Anvers saccagée, Genève explosée. Par la réclamation de justice des innocents morts à cause de ces pépites de carbone cristallisé. Les rivières brûlent autour des cous graciles. Incandescentes. Et leurs nuits blanches sont remplies des hurlements épouvantables, vains, poussés par les dizaines de milliers de femmes et de filles que les miliciens ont violées impunément tout au long de cette saison congolaise d’anomie.<br />
La bourde incommensurable et ubuesque du fringant Fiston au pouvoir à Kinshasa montre, comme s’il le fallait encore en 2010, que l’Afrique d’en haut, celles et ceux qui tiennent les manettes, n’est guère sortie à ce jour de la nasse mentale léguée par la colonisation à l’indépendance, en guise de dot aux repreneurs du pouvoir. Il aura réussi à être la risée publique des journaux belges qui n’ont pas dû se priver. Il les aura assurément lu ou se sera fait servir par la cellule des affaires courantes, une revue succincte donnant le ton général des articles afférents à son hospitalité fissurée. Pas exactement de quoi se gargariser. Il a tiré en l’air, comme un mot populaire disait par ici naguère pour exprimer une contre-performance, un geste avorté. La discrétion d’un humble présent issu de l’artisanat du cru, eu davantage émue ses hôtes royaux que cette boursouflure commise à leur grand dam, sur leur dos. Pas moyen de rattraper çà. C’est fait c’est fait. L’atmosphère de la revoyure risque d’être un peu lourde. Même si aucune des deux parties n’en pipe formellement mot, ce raté violent de courtoisie planera autour des entretiens. Un vrai poison qui interfère sournoisement et brouille la fréquence. Vanité, quand tu les tiens…<br />
<strong>Diamondland</strong><br />
S’il faut en croire certaine information de source coréenne, il se pourrait bien que le sous-sol vert-rouge-jaune recèle un gisement diamantifère. Et pas des moindres. Genre formidable potentiel. De quoi aiguiser des appétits et des dents longues en vue de festins scintillants, avec bimbos vertes et salaces au dessert, dans une chambre climatisée. La perspective juteuse de cette exploitation est donc à même de nourrir souterrainement des ambitions politiques et cela expliquerait objectivement que des croulants visiblement usés par le Fiasco se cramponnent aux appareils de décision de l’Etat. Gomboland devenant Diamondland ? De quoi cette page s’ouvrant au voisinage nord de la latitude zéro, sous le signe du caillou le plus cher du marché, aurait l’air ? L’opacité de cette filière est sans égale. Ceux qui opèrent déjà en ce moment ne le crient guère sur les toits. On verra bien ce qu’un changement d’échelle induira ou pas. Mais il ne faut point se faire d’illusions sur des retombées dans la mise en valeur de ce potentiel diamantifère annoncé. L’Afrique du sud, c’est déjà Diamondland depuis des lustres…</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>TRADUCTIONS</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jul 2010 00:49:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/SPIRAL1.png"><img class="alignleft size-full wp-image-620" title="SPIRAL" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/SPIRAL1.png" alt="" width="250" height="234" /></a>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>L’homme parle depuis le premier mot immémorial pour s’exprimer et communiquer à autrui/un tiers situé à distance de lui, hors soi donc, une information censée faire sens pour ce dernier. Il mobilise ce faisant un ensemble de dispositifs anatomiques et physiologiques apparus au cours de l’Evolution, permettant la phonation et subséquemment l’émergence du langage articulé dont l’épopée se poursuit de nos jours sous des auspices divers et au travers de multiples formations dont l’Histoire, la Science et la Philosophie ne sont pas des moindres. Pour ne pas dire qu’elles trônent au sommet de l’édifice et le soutiennent comme autant de contreforts puissants. Cette triade constitue <em>as such</em> un système dynamique du fait des relations (2³) que chacun des éléments entretient avec les autres. Au fil des ères, à partir vraisemblablement d’une langue-source, mère/matrice initiale, la différenciation a fait progressivement son œuvre jusqu’au syndrome de Babel : la diversité linguistique actuelle dont la seule restitution métaphorique et pertinente est l’éventail/le spectre/la palette. Exaltée en ces temps réputés d’homogénéisation culturelle/uniformisants comme une « richesse » patrimoniale à préserver/protéger/chérir au titre de la signature identitaire/culturelle et inaliénable de chaque peuple/communauté, cette diversité/disparité/hétérogénéité remarquable porte aussi/cependant en elle un principe d’incommunicabilité/incommunication/d’exclusion/de retranchement auquel la Raison ne saurait nullement se rendre/se résigner, sauf à faire voie à une grinçante aporie, et par là même/dans la foulée, faire très gravement eau. Ces signatures essentialisées par les intégrismes/fondamentalismes sont désormais les étendards vibrants des communautarismes qui font pendant à la globalisation contemporaine et s’opposent ainsi/fermement à l’Universel entendu par les ténors des <em>cultural studies</em> comme une catégorie impérialiste, et donc suspecte, voire même douteuse, à revisiter.<br />
Dispositif dédié et symbolique de locution et d’interlocution, forcément conventionnel, chaque langue apparue, morte ou usitée encore, à ce titre, fait écho/réfère à un lieu spécifique de l’écoumène terrestre, <em>locus </em>en Latin, <em>location </em>en Anglais -qui au passage signale la dimension transitoire/transiente. Le pôle nord n’est pas l’équateur : les langues des Inuits et des Baka sont aussi distantes l’une de l’autre que le froid et le chaud sur le registre thermique. Pour autant, le <em>mengulu</em>, l’habitation des Baka, et le igloo, celle des Inuits, exhibent la même forme en voûte ou demi-sphère, c’est selon. Il y a là un invariant morphologique/anthropologique certain et sur lequel faire désormais fond en toute connaissance. Histoire, Science et Philosophie sont passées également par un processus similaire et multimillénaire de différentiation/division multipliante de type croissance biologique, aboutissant aussi à autant de circonscriptions /sous-formations obsédées jusqu’à une date récente de protectionnisme disciplinaire, et donc closes sur une auto-référentialité cousue de suffisance épistémologique/hégémonique. En mode « <em>off limits </em>» ou « ceci est à moi »ou « chasse gardée », hérissant/dressant des herses ou percevant un droit de péage sur l’outsider/le braconnier, le tiers du paradigme de la non-contradiction, de la logique hypothético-déductive venue des Lumières et relevant/cadre formel /prescripteur de la science classique. Un tiers fondamentalement exclu depuis Descartes, disgracié pour préserver la cohérence interne du paradigme et qui revient en grâce/force par/à la faveur de ces jours de complexité, de transversalité et de non-linéarité advenant. Cette multiplicité féconde/irradiante a suscité l’émergence d’une médiation <em>sine qua non</em> : le dictionnaire, outil aussi cardinal qu’incontournable des traductions, un échangeur/convertisseur de langage de sourds en entente cordiale, à défaut de parfaite <em>ipso facto</em>. On peut se le représenter itou en réducteur efficace de bruit. Gros-Cerveau post-animal ne s’exprime toutefois pas qu’à l’aide/avec des mots. Depuis son extraction décisive de la « gangue de l’irraison », il dispose d’un autre truchement expressif, non verbal celui-là, amplement attesté antérieur au langage articulé.<br />
<strong>Signes</strong><br />
Les Mwaba-Gurma perçoivent les phénomènes comme autant d’expressions de la nature dotées chacune d’une identité/caractéristique vibratoire lui conférant sa singularité/résonance propre dans ce champ et dotée d’un potentiel de « présence » relative <em>per se.</em> Leur charte du réel stipule que prenant assise sur le règne animal qui le précède à travers une césure/discontinuité  fondatrice de sa singularité, l’homme est la nature marchant sur deux pieds. Son établissement efficient dans l’écoumène et ses diverses déclinaisons écologiques passait naguère impérativement par une (re)connaissance minutieuse du milieu, entre décision mûre et contingence, sinon exhaustive. Objectif : identifier les ressources nécessaires à sa survie. Dans cet inventaire prospectif, marquage, balisage et traçage sont des opérations-clés, stratégiques, sous contrainte de mort. Le geste apparemment instinctif, mais intentionnel au fond des riverains qui en usent, de briser/plier sur le chemin des branches d’arbustes qui se trouvent à hauteur humaine, en pénétrant dans la sylve, marquant la trouée du corps, a pour vertu de faciliter le retour en sens inverse, d’éviter de s’égarer. C’est une précaution prise au sens propre. Zéro fioritures. Sans compter qu’un acquis est un acquis : il n’y a que de la pertinence à matérialiser la voie vers une ressource découverte par hasard. Quitte à convenir d’un code précis en comité alors restreint, que seuls ses membres (re)connaîtront/détiendront et déchiffreront. La tentation/manie du Pouvoir, objet de société secrète( ?), aurait sa source dans cette cachotterie initiale orchestrée par une conspiration de <em>happy few </em>pour tenir la dragée haute à toute la communauté, dans ce chiffre confidentiel.<br />
Le Petit Poucet de la fable utilise des cailloux blancs. Les incisions sur l’écorce des troncs d’arbres ne sont pas en reste de cette panoplie rustique de signes éloquents, de vecteurs préhistoriques d’information. Signalétique on ne peut plus précaire, disons même prosaïque, ces altérations/perturbations, insignes et discrètes à la fois, <em>reminders</em>, parlaient et parlent encore <em>today</em>, antérieures aux graphies/graphismes dont portent fragilement témoignage Lascaux &amp; Co, ici et là sur la planète, vestiges sublimés /magnifiés d’une ère engloutie dans la profondeur abyssale du temps qui passe/transitif, par la transience. Une autre catégorie de signes a échappé à l’effacement, lesquels nous sont parvenus de cultures récentes, illustrant des narrations ethnographiques et anthropologiques, à la case des présumées croyances religieuses et des cosmogonies. Vue avec des lunettes du présent, leur teneur sémiologique apparait plus conceptuelle et cognitive qu’utilitaire, encodant plausiblement une connaissance objective de la nature en mode compréhensif, au voisinage immédiat de principes génériques/intimes/explicatif de la kyrielle des phénomènes.<br />
<strong>De la spirale</strong><br />
L’homme-individu constitue en tant qu’organisme psycho-biologique, un système thermodynamique et cybernétique ouvert plongé dans un milieu de stimulations acoustiques, visuelles, tactiles, odorantes et gustatives. Ces usuelles « excitations » de nos sens ne sont certes pas vaines et nous fournissent en quelque sorte comme un relevé instantané des lieux sous ces diverses modalités. De sorte que s’il me prend l’envie de m’asseoir sur une pierre au bord du chemin, les miasmes méphitiques exhalés à proximité, par des excréments humains frais, vont m’en éloigner fissa. Ma main relâche un tison brûlant, tandis que ma prunelle concupiscente s’attarde longuement au rayon charcuterie du supermarché dans le décolleté vertigineusement outrageux d’une jeune femme aux seins pompeux. Considérant alors la représentation élémentaire que les MG se font de l’Homme : la nature marchant sur deux pieds, et en prenant cette proposition inclusive à la lettre, en la tenant pour juste vraie, le trait compréhensif de cette connaissance objective trouve un fondement. La nature entreprenant de se connaître elle-même, de dedans et non du dehors comme l’extension, et en rendant compte, fait forcément œuvre d’abstraction et ne livre que le <em>pattern </em>des phénomènes, le motif essentiel/principe morphologique qui se retrouve dans/harmonise leur multiplicité luxuriante, qu’elle décline. La spirale est un de ces <em>patterns</em>/motifs, à large spectre et présent dans toutes les cultures monographiées. Comme quoi, encore un coup, il y a de l’universalité qui ne ressortit nullement de l’unilatéralisme hégémonique européen/occidental.<br />
<strong>L’Un et le Multiple</strong><br />
Ce signe aussi élégant que fluide charrie une pléthore de résonances qui vont des réactions auto-catalytiques précédant sur Terre l’émergence de la vie aux furies éoliennes, en passant par la triviale croissance biologique, les écoulements turbulents et d’autres phénomènes relevant des sciences de la complexité. Il parle aussi sobrement de l’Un et du Multiple, de progression dans un sens et de régression dans l’autre, en mode oscillation permanente d’un pont de lianes au-dessus d’un gouffre, fouetté par des rafales violentes de vent. La spirale, c’est aussi le zigzag, un pied de nez à la linéarité et à la raideur doctrinale/dogmatique, c’est l’exode succédant à la méthode, c’est la sérendipité qui fait me trouver, en surfant sur la Toile, ce que je n’y cherchais pas à priori. Elle parle du spin des électrons et de leurs rotations orbitales, autant que de la fragilissime carapace des escargots. Mais, c’est aussi des aspects du réel carrément létaux : la famille des reptiles venimeux sous toutes les latitudes, dans tous les biotopes. L’organe de Corti, responsable de l’audition précocement, dès<em> in utero</em>, mime une spirale. C’est la ligne de démarcation floue entre le Ying et le Yang, une métaphore de la souplesse mécanique et du ressort comme une aptitude à rebondir, à la résilience, voire même un principe d’animation. Le ressort d’un roman. Comment passer sous silence que la spirale évoque les galaxies affectant, parmi d’autres dans l’Univers, cette forme canonique ? Autant une droite est une variété euclidienne banale, muette, qui ne dit franchement pas grand-chose géométriquement, autant une courbe, par le double pli qui l’affecte, « atome de forme » selon Michel Serres, est une variété plus bavarde, non-euclidienne, source de différentiation et de complexité. C’est une rupture de la routine, une irruption de l’Autre dans la routine du Même pour lui faire danser une cadence inédite. Pour le dire autrement et tout net, la spirale nous cerne complètement de tous les côtés. Elle engendre toutes les autres formes ou presque, moyennant un chapelet d’opérations simples.<br />
Il n’y a pas de tâche plus urgente aujourd’hui que traduire d’une langue à une 	autre les enjeux et les défis du futur imminent battant pavillon post-déconstruction, plus impérative que frayer un corridor de Lagrange à une réinvention raisonnée et poétique de l’Homme, malgré toutes celles et tous ceux qui s’accordent à le cribler de mépris pour ses tares et les méfaits commis dans l’Histoire, en s’aidant de l’annihilation mutuelle des effets de gravitation que les différents corps massifs de cet opprobre exercent les uns sur les autres. La position surplombante de l’unilatéralisme, prise par l’<em>homo occidentalis</em>, n’en finit pas d’être minée et absconse, vaine et absurdement prétentieuse. Une page est irréversiblement tournée avec le décloisonnement en cours entre chapelles cognitives. Sous l’égide de la transdisciplinarité, de la multidisciplinarité, de l’interdisciplinarité ou de la transversalité, des dialogues se nouent entre collectifs hier cloîtrés derrière ses murs chacun, ou entre individus qui se regardaient froidement et durement par le petit bout de la lorgnette, persuadés de n’avoir rien à se dire d’utile, de parler des langues hermétiques l’une à l’autre, faute de dictionnaire. Malgré les apparences, l’Afrique a tous les atouts, ce qu’il faut de degrés de liberté, pour être le théâtre de cet avènement. Improbable ? Tout justement et ce n’est pas plus mal ainsi. Il va de soi pour un gueux de se débarrasser sans remords de ses guenilles qu’à un dandy fatigué de mettre au rebut sa panoplie vestimentaire délavée et chargée de réminiscences.</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>VERTIGE DANS L&#8217;ULTRA BREF</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Jul 2010 10:54:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'odyssée scientifique]]></category>
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Ce texte est un &#171;&#160;article press lib&#8217;&#160;&#187; (*)
Question : qu’est-ce que c’est que la physique ? Réponse antique : la science de la nature. Phusis dans la langue de Pythagore, Thalès, Anaximandre, Héraclite, Archimède, Aristote et les autres qu’on ne présente plus, figures tutélaires de la saga cognitive qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. Amorcée par les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/MOLECULE1.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-608" title="MOLECULE" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/MOLECULE1-300x273.jpg" alt="" width="300" height="273" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Question : qu’est-ce que c’est que la physique ? Réponse antique : la science de la nature. <em>Phusis </em>dans la langue de Pythagore, Thalès, Anaximandre, Héraclite, Archimède, Aristote et les autres qu’on ne présente plus, figures tutélaires de la saga cognitive qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. Amorcée par les Érudits initiés de l’Egypte pharaonique, bâtisseurs de pyramides : l’objet initial/primitif de la géométrie, et ultérieurement mise en forme sous pavillon grec, d’exportation en importation, contacts et échanges aidant, elle s’est dispersée depuis cette aube méditerranéenne sur la Terre et bat son plein sous diverses appellations canoniques qui sont autant de disciplines issues du même foyer radiatif et d’étonnement sur les « phénomènes » au sens étymologique. Soit ce qui se manifeste/est manifesté à nos sens. La nature se présente à l’évidence, à nos sens qui en assurent le greffe chacun dans son rayon, comme un ensemble de phénomènes dont l’élucidation, la description tant qualitative que quantitative, et le classement en catégories précises, constituent la bibliothèque universelle de la raison scientifique. La science est en quelque sorte, voire de fait, une représentation de la nature, parmi d’autres, qui s’est donnée à elle-même les critères de l’objectivité et de la validité de ses énoncés successifs depuis le premier axiome de vérité, au demeurant toujours falsifiables et au fil d’une longue marche intellectuelle escortée par la philosophie dès les premiers pas de la Raison sur cette voie merveilleuse vers la désignorance, en réputée mère des sciences. <em>Prima sapientia</em>. Cette tutelle aura tenu à distance la tentation narcissique et hégémonique de l’auto-référentialité qui menace foncièrement/en soi tout discours, elle-même irriguée par les résultats de cette « physique » éclatée dorénavant en mille chapelles férues hier encore de clôture disciplinaire, et donc tenue en respect aussi par cette légion issue des Lumières, leur source /point/moment de révolution moderne. Cette connivence vigilante, en boucle fermée est, théoriquement, la meilleure assurance contre tout dérapage funeste. La réserve qui fait tanguer cette proposition, si elle ne la fissure même pas gravement,  peut, hélas dirais-je, se targuer de quelques incarnations furieuses dans l’Histoire sous égide occidentale unilatéraliste. De crises sombres en floraisons luxuriantes, l’odyssée pluriséculaire de la connaissance scientifique, par extension et analytique, peut toutefois exhiber fièrement un palmarès élogieux. Moyennant un facteur auto-catalytique (FAC) à l’oeuvre, son essor est fulgurant depuis la deuxième moitié du siècle dernier. De sorte que la fameuse loi de Moore est battue complètement à plates coutures. L’investigation et l’observation repoussent chaque jour les limites accessibles à la curiosité et sa muse, la Raison, moyennant la mise en œuvre d’outils conceptuels et techniques dont la sophistication va croissant, proportionnellement à la complexité des phénomènes étudiés. Le Large Hadron Collider au/du CERN en est l’illustration parfaite : la méga-machine lancée sur la piste du fantomatique boson de Higgs et d’autres, qui va atteindre en régime de croisière, dans l’anneau de circulation/propulsion des particules à des célérités quasi luminiques, une énergie de collision aussi colossale que 7 térawatts. Bienvenue dans l’ère des hautes énergies produites en laboratoire. Au point qu’une nouvelle physique, cette fois au sens moderne,  qui n’enlève rien à l’antique, d’ailleurs plus comprehensive, est annoncée/anticipée dans tous les laboratoires concernés par la matière condensée et le rayonnement. A quelque bout que ce soit sur l’échelle ouverte des ordres de grandeurs numériques scandant/réglant harmonieusement l’Univers de l’amibe aux amas de galaxies en passant par notre mésoscopique niveau, scrutant/sondant dorénavant la nature à des dimensions transcendantales, faisant plus qu’excéder le cadre ordinaire et trivial dans lequel notre humble expérience journalière s’inscrit/se déroule/s’exécute d’une aube à l’autre et la mettant à mal sous bien des aspects, spécifiquement dans la perception commune du temps et de l’espace, de la durée comme aussi bien de la distance, l’heure est tout simplement au vertige et à l’ultra sur ces paliers d’exploration avancée de la nature. Si ses annales professionnelles bruissent de réalisations qui peuvent <em>today </em>revendiquer à bon droit et à juste titre d’être au principe de cette percée épique de la science depuis un bref demi siècle, de toutes, indubitablement, la plus impressionnante, et qui se révèlera vraisemblablement la plus déterminante dans l’histoire des sciences toujours en train de s’écrire au fur et à mesure que les prouesses et les échecs s’alignent côte à côte sur des étagères et désormais sont aussi/de plus en plus stockés/compilés dans des mémoires électroniques, reste quand même la manipulation/maîtrise faramineuse de la lumière. Au point d’en avoir fait une sonde sans égale ni précédent de la matière, une manière de bistouri quantique de très haute précision. Soit un outil pointu et formidable de pénétration, absolument hors-normes et révolutionnaire, pour entreprendre des effractions et des intrusions éclairantes sur sa structure fondamentale, à des niveaux de plus en plus fins/microscopiques de la matière, impensables auparavant, un outil dédié à plonger la tête la première en son cœur atomique et subatomique. C’est le principal aspect en l’occurrence du FAC évoqué plus haut et qui correspond à une boucle de rétroaction négative dans un système complexe. Ou comment un résultat/acquis, un output, devient un moyen de progresser à pas de géant, un input, entraînant une cascade cumulative d’effets positifs et systémiques.<br />
<strong>De la furtivité</strong><br />
Minérale, végétale, animale, fruit, viande ou roche, passée la diversité macroscopique qui informe/oriente/fonde notre pratique quotidienne du monde depuis les tout premiers protocoles humains l’établissant au monde, sur Terre, la matière dans son essence est constituée des mêmes atomes élaborés dans la fournaise thermonucléaire des étoiles au cours de durées phénoménales. Imaginés par Démocrite, modélisés par Niels Bohr, ces constituants ultimes et leurs cortèges d’électrons passant sans arrêt d’une orbite à une autre, d’un état fondamental à un état excité, moyennant des « transactions » élémentaires, témoignent d’un domaine perpétuellement vibrant, où le mouvement n’a rien à voir avec le passage d’un bolide de F1 devant mes yeux, fut-ce le plus rapide du monde, ni même d’un jet volant au-dessus de Mach 2. A cette échelle, les évènements observables/à observer se déroulent dans des intervalles de temps tellement brefs que les qualifier de furtifs, le stade après la brièveté, est tout à fait approprié et la moindre des choses. Le temps d’écrire ces mots et son unique électron a déjà décrit plusieurs dizaine de milliers de fois l’orbite de l’atome d’hydrogène, qui associé au radical hydroxyle OH forme la molécule d’eau. On se trouve là dans le domaine non-intuitif de l’infiniment petit régi par le principe d’incertitude. Il aura fallu l’avènement des sources cohérentes de lumière, de plus en plus performantes, dont le laser est la figure populaire, et le développement concomitant de formalismes mathématiques, pour ouvrir la voie au contrôle quantique des réactions moléculaires.<br />
Pour le commun des mortels, un dixième de seconde est une « durée » insensible/imperceptible qui fait pourtant nettement la différence, mesurée par des chronomètres, au sprint, en athlétisme ou au cyclisme, pour départager deux compétiteurs, et encore plus un centième, un millième et ainsi de suite. De sorte que plus le fractionnement se poursuit, plus cette durée infinitésimale se fait abstraite et comme une vue de l’esprit inconsistante, ne correspondant à rien de réel. Alors même que ces investigations touchent aux fondements de la nature, à la primordialité. Les physiciens parlent ici en femtosecondes : le millionième de milliardième d’une seconde, et déjà en attosecondes : le milliardième du milliardième de la seconde, dans des distances interatomiques dont la  résolution est de l’ordre du millionième de millionième de millimètre, soit dix puissance moins six angströms. Des impulsions lumineuses dites ultra-brèves et délivrées par une nouvelle génération de lasers compacts à haute puissance d’éclairement, figent cette extraordinaire chorégraphie atomique et quantique, permettant ainsi de visualiser dorénavant (à tête reposée ?) les réactions impliquées, moyennant néanmoins des montages expérimentaux complexes comme la technique « pompe-sonde » dont la mise au point a valu à l’Egyptien-Américain Ahmed Zewail, le prix Nobel de chimie en 1999. En dix ans, la puissance-crête des lasers a été multipliée par un million : excusez du peu. Comment se défaire alors de la conviction intime que les chercheurs flirtant avec ces ordres de grandeurs, et le Terrien/la Terrienne cultivée, affranchi en cela comme l’honnête homme de Montaigne, constituent une communauté globale ne se représentant point la nature avec la même ingénuité que des ouailles chrétiennes et catholiques n’ayant jamais été plus loin dans leur instruction scolaire que la classe de troisième et prennent au pied de la lettre le livre introductif de la Bible, la Genèse? Celui qui se trouve loti au pied d’une montagne et celui qui se trouve planté à son sommet ne voient certes pas le même paysage : la portée change radicalement, de même que le champ. Il faudrait avoir pété un câble pour en douter. Les unes vont priant Dieu tous les matins et tous les soirs de se pencher sur leur sort, misérable ou faste, fatalistes à souhait, tandis que les autres pratiquent today des ablations quantiques avec des faisceaux de lumière cohérente et tripotent à leur guise les configurations moléculaires de la matière. De la Mater ? Ce glissement sur une parenté étymologique en dit long, est tentant, mais saisir cette perche heuristique nous conduirait fort loin dans une digression anthropologique un peu décalée, qui est ici hors de propos. Les exploits contemporains, contributifs à un nouvel essor de la physique, de l’optique linéaire autant que la non-linéaire, sont déjà assez absorbants et passionnants.<br />
<strong>Ailleurs</strong>…<br />
Où nous conduit/conduira cette accélération cognitive ? De la chirurgie de l’œil au <em>drug design</em> assisté par ordinateur, la science franchit résolument un seuil en ces jours et entame la suite de son odyssée historique dans la désignorance : elle passe décisivement par un empan vers ailleurs. Pour les myriades terriennes trivialement scotchées encore au mètre et à la seconde, voire à la minute ou à l’heure, comme rivées pour l’éternité sur un rivage menacé par la montée des eaux et ne semblant ni s’en apercevoir, ni s’en inquiéter outre mesure, ces avancées spectaculaires sont semblables à un navire qui s’éloigne progressivement et va finir par disparaître derrière la ligne d’horizon au bout d’un moment, inéluctablement. La fracture cognitive qui lézarde déjà assez la communauté mondiale ira s’aggravant dans la vaste marge encore disponible. Qui sera plus que jamais à la traîne ? L’Afrique, <em>of course</em>, où le désintérêt pour la science se lit d’abord dans le peu d’engagement des États depuis cinquante ans à stimuler la recherche, à se doter d’une infrastructure dédiée.  Ne parlons même pas d’une société civile essorée qui barbote dans un épais et poisseux obscurantisme, sans aucune vergogne, comme au Cameroun, mordue de superstitions renversantes et de réveils pseudo-évangéliques orchestrés par des gredins et des coquines déguisés en prédicateurs de miracles nocturnes. Le face-à-face/la confrontation rude avec la dureté des jours a supplanté toute autre inclination que chercher l’argent, monter et descendre avec « le sang à l’œil » d’un jour à l’autre, sans répit, par tous les moyens, vils ou pas vils, on n’y regarde plus, pas. Au-delà d’être distancé, il y a un autre critique hic…<br />
Venue de Grèce, la Raison extensive parvient aujourd’hui à une étape où sa démarche, conduite jusqu&#8217;ici sous la houlette de la séparation et du tiers-exclus, va se retourner en compréhensive. Il se trouve que la théorie de l’information, les énoncés de la physique quantique et la thermodynamique autant que la relativité einsteinienne, appliqués au décryptage des chartes africaines du réel : les cosmogonies frappées d’invalidité épistémique naguère, ouvrent des fenêtres de relectures menant vers leur requalification postcoloniale, à des fins polémiques, philosophiques et de remise à l’heure des pendules trop déréglées. Il en est ainsi de la divination par les huit cordelettes des Mwaba-Gurma qui aurait tout à gagner de la science de la femtobiologie. Quand Alfred de Surgy, qui a rapporté le dit de ses sages initiés, pose qu’il faut nécessairement en passer par la biologie moléculaire pour saisir leur modélisation du monde qui s’inspire des plus petits systèmes vivants autonomes : les cellules pour ne pas les nommer, ce n’est pas exactement rien. Le prix Nobel de chimie 2009 concernant le ribosome et la traduction génétique met de l’eau au moulin de son assertion. Il se profile une jonction naguère improbable entre deux univers de pensée…</p>
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		<title>R.I.P</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jul 2010 12:59:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/MOORE1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-599" title="MOORE" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/MOORE1.jpg" alt="" width="241" height="278" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Une énorme pluie pilonne Douala ce mardi 6 juillet depuis dix neuf heures environ et redouble d’intensité. Un temps génial pour (ré)écouter <em>Stairway to heaven </em>et des airs similaires, voisins, du rock quoi, alors que le tonnerre gronde dehors. Conversation en roue libre avec le Simon Njami à l’Espace <strong>doual’art</strong> en fin de journée, en commissaire général annoncé du S.U.D deuxième édition qui vient, en Décembre. Entre traduction, syncrétisme, Je-Nous, le glocal, la résistance et plus, tour d’horizon transversal sur la situation de la scène artistique locale, les perspectives et les questions. J’ai eu le temps de boucler un entretien consistant et enregistré avec une Kamer-Américaine, Angèle Kingué, enseignante de littérature française aux States où elle réside depuis 1984. Rencontrée hier soir à Akwa par le truchement de Suzanne, la Kala Lobè, dans un lieu pas très nouveau, dont j’avais entendu parler, <em>Aux Champs</em>. L’ellipse est limpide et l’ambiguïté délibérée. Cadre chic, lumineux, aéré. A K veut faire entendre à ses étudiants des voix intérieures africaines, <em>pro domo</em> en quelque sorte. Des qui restent au pays et résistent à la dégradation des moeurs, à l’entropie. Ai esquissé l’identité camerounaise avec trois mots : fierté, couardise, résilience. Mais c’est malaisé de dire à brûle-pourpoint ce que les jeunes américains, décideurs de demain, devraient savoir, retenir, du continent noir. Il pleut sérieusement là dehors.  Décélération en cours. Grosse démonstration de saison. Depuis qu’elle a commencé, quelques quartiers ont sûrement les pieds dans l’eau déjà. Et si elle persiste à ce rythme, on en saura les effets demain dans la rubrique des faits divers, où elle a fait mal. Est-ce qu’une pluie diluvienne à Douala peut inspirer une émission de télé-réalité ? Se poser la question n’engage à rien et sert de prétexte/tremplin à une oraison funèbre pour Jipé.<br />
Petite mise au point préalable: je ne sais absolument pas qui c’était, ce Jipé, ni quelle était la couleur de ses cheveux, ni non plus la pointure qu’il chaussait en mocassins. Et je ne le saurais sans doute jamais. Cela n’a d’ailleurs aucune espèce d’importance ici que je sache ou que je ne sache pas qui  Jipé a été. Il est retourné à l’équilibre thermodynamique et au non-mouvement. Traduction : dans la nuit du 5 au 6 juillet 2010, Jipé est mort. Pas de mort naturelle. Ni d’accident d’aucune sorte. Non. On l’a retrouvé dans sa penderie. Pendu. Suicidé. Ce n’est pas un sinistre jeu de mots. La coïncidence est juste, on va dire, un peu macabre. Il faut le faire. Se pendre dans la penderie de son appartement. Choisir de. Comme un ultime et dérisoire pied de nez aux vivants qui restent. Disparaître en riant de cette bonne farce. Se pendre dans une penderie. Par contre, je suis assez curieux de savoir s’il y a un précédent dans cette mise en scène orchestrée. Pas banal. La performance d‘art contemporain n’est pas loin. On peut bien parler d’une installation, non ? Je suis cynique ? Une fois n‘est pas coutume et c’est pour la bonne cause. Suis pas moins cynique que M6, la chaîne instigatrice de « Trompe-Moi si tu peux ! », cette émission de téléréalité dont le principe est de séparer des couples, de les mélanger comme les cartes d’un jeu et d’en recomposer de nouveaux en tâchant de les rendre crédibles, à charge pour ces derniers d’investiguer et de débusquer les faux duos. Emission à laquelle Jipé et son compagnon Ange avaient participé. 39000 euros à la clé. Un « couple » aurait craqué…<br />
<strong>Qui est responsable ?</strong><br />
Il y a quelques lointains lustres déjà, alors que je traînais encore mes guêtres juvéniles d’étudiant sur les bords de la Seine, un Néo-Zélandais débonnaire et fermement ancré en France, familier des petits cabarets parisiens du Quartier Latin où il fit naguère ses premières armes, allait pieds nus, comme un manifeste révolutionnaire rustique, chantant tranquillement ses convictions, ses colères et ses enchantements minuscules. Son répertoire estampillé folk song américaine comportait une interprétation magistrale de <em>Davy Moore</em>, une ballade initialement composée par Bob Dylan et narrant l’histoire tragique d’un boxeur (faut-il préciser noir ?) estourbi, si j’ose dire, au combat. Suite à une droite sèche et expéditive de Sugar Ramos, sa nuque va heurter la corde la plus basse du ring. Il en décédera deux jours plus tard. Bouleversante reprise. Graeme Allwright s’interrogeait finement, gravement : « <em>Qui est responsable et pourquoi est-il mort ? </em>» en interpellant ouvertement, de couplet en couplet, tout le système du <em>so called</em> noble art, des organisateurs aux spectateurs, en passant par l’Etat percepteur de taxes sur des coups de poings, les juges et son adversaire du jour. Et d’autres encore. Comme on peut s’y attendre en ce bas monde d’hypocrisie, chacune des parties prenantes au spectacle se débine vite fait devant ce cadavre sur le tapis qui fait désordre. En se justifiant poliment, piteusement, mal. Ils ont tous de piètres bonnes raisons de s’en laver les mains en mode auto-disculpation «  Ce n’est pas moi… » quand pourtant un homme qui eut pu vivre encore plusieurs années a trépassé prématurément. Le feu Davy Moore aurait eu 77 seulement le 1er novembre prochain. Graeme Allwright, qui en a déjà 84, lui, vient de se produire dans cinq concerts d’affilée en Franche-Comté, toujours égal à lui-même, chaleureux, simple, humble, régalant le public et orbitant à quelques centaines d’années-lumière des projecteurs surpuissants du show-biz que l’homme a toujours assidûment fui.<br />
<strong>Incognito Story</strong><br />
Qui se demandera en chanson et en 2010, candidement, pourquoi ce Jipé est mort, et qui est responsable de cette pendaison dans une penderie, de ce suicide, geste artistique au bord de l’abîme, très enfantin de fait dans son esthétique/exécution ? N’est-ce pas dans ces lieux obscurs que les mioches se planquent pour échapper à toute recherche  adulte, si ce n’est en jouant à cache-cache? Et c’est mon petit doigt aussi sarcastique que le Bison des autoroutes bleu-blanc-rouge doit être futé tous les étés que le soleil fait, qui me répond d’emblée « <em>Personne ! </em>». Le décès de Davy Moore avait suscité une certaine émotion quant aux périls du pugilat encadré et Mister Bob était monté comme d’hab’ alors au créneau. Le Dylan, l’inspiré poète urbain de toute une génération de transition et d’une époque définitivement révolue sur Terre, quand chacun vivait reclus dans son coin de planète bleue, sous sa latitude, avant les réseaux de satellites de télécoms placés en orbite géostationnaire, avant la profusion médiatique contemporaine, avant la globalisation financière, avant le Web et l’extension du Spectacle contemporain qui se trouve rendu <em>today</em>, dans son tronçon postmoderne conjurant le spectre d’Auschwitz et d’Hiroshima, aux portes de Vacuityland, avant Jeff Koons qui en est certainement un des plus prestigieux maîtres de cérémonie. Pour témoigner de son émoi, M6 a déprogrammé l’émission -étiquetée « sulfureuse » et c’est tout dire. On laisse, c’est le minimum syndical, d’abord passer la grimaçante Faucheuse. Fausse pudeur dans les coulisses de la Lucarne et poudre de perlimpinpin. Cette disposition tactique, strictement temporaire, ne ramènera malheureusement pas le Jipé à la vie, et l’émission repartira à coup sûr après comme en 14. Haut les cœurs, messieurs-dames, la vie continue, ce n’est qu’un incident de parcours comme toute activité humaine en comporte depuis l’ère héroïque des protocoles premiers. Exit Jipé, une onomatopée en mal de visibilité que la routine oubliera vite fait.<br />
Au commencement de la TR bleu-blanc-rouge était Loft Story, un paraphrasage pas sage pour un sou. Une première. Qui passait ou qui cassait. L’émulsion a pris et la caravane a continué sur sa lancée. Les concepts de TR produits aujourd’hui rivalisent follement d’ingéniosité pour ce qui est de plonger les protagonistes dans des situations aussi sordides que leurs dénouements sont scabreux. Le sordide et le scabreux font grimper l’audimat et rien d’autre ne compte plus que cette fabrique de l’audience afin d’attirer des annonceurs toujours en quête de visibilité pour exposer et fourguer leur camelote à tout vent. Le contexte s’y prête excellemment, pour ne pas dire qu’il favorise l’épanouissement, si on peut dire, sans se mordre la langue, de la TR. La forme de la société européenne fait de l’anonymat une cale de navire sur le pont duquel se déroule un joyeux bal dansant que les soutiers entassés dans le noir ventre sont évidemment tentés de rejoindre, le vacarme qui bat son plein au dessus d’eux faisant amplement foi que c’est là qu’il faut se trouver. De sorte que l’on peut parler génériquement d’Incognito Story, entre nous, pour toute la TR. Ou la saga de gens très ordinaires qui rêvent d’être vus dans la Lucarne. Que veut le peuple au 21ème siècle? Briser l’anonymat, sortir un peu de ni vu ni connu au-delà du patelin, du trou noir ? Comme on brise la glace ou le silence ? Comme on sort le dimanche ? Avant d’y retourner avec un épais chèque en millier d’euros autant que possible, et avec ce pactole, transformer un peu son existence en autre chose qu’un long ruban monotone de bitume dans le désert du Sonora. Il y a déjà du pain pas rassis et rassis à gogo(s) et des jeux euphorisants en abondance. Maintenant il demande aussi, ce tellement bon peuple, en sus de ces exutoires garantis et permanents, de la visibilité. Comme un supplément de quelque chose pour obturer un trou, un zeste d’âme dans des automates inertes au service du « turbo-capitalisme » ? Vu de Douala, çà en a tout l’air. Et c’est cette société spectrale de zombies que la jeunesse africaine veut à tout prix rallier en traversant le Sahara et la Méditerranée, au titre que chez elle, <em>at home</em>(?), des cliques grossières sans foi ni loi ont confisqué le futur en le réduisant progressivement à une splendide vue tropicale de l’esprit. Ceci au profit du présent perpétuel de leur pouvoir politique et économique exclusif, assis sur le formidable Fiasco de la post-Indépendance.<br />
<strong> Épitaphe</strong><br />
Il ne faut pas être Nostradamus pour comprendre que le brave Jipé a fait les frais de « Trompe-moi si tu peux » et n’a pas supporté cette issue fatale à sa relation. Dévissage ? Lâchage ? Qui peut veut et n’attendait jamais que la brèche, ouvert(e) et disponible à d’autres propositions affectives. Jeter sans aucune vergogne ni retenue en pâture au voyeurisme des uns les affects des autres, sur le mode divertissement adulte nocturne, procède d’un machiavélisme incurable et diabolique. Une maxime locale stipule qu’à force d’esquisser assez imprudemment la silhouette du Diable sur un mur, comme pour jouer, ce dernier finit un jour par se matérialiser. Et quand le sulfureux prince des ténèbres est là, dans la place, confortablement installé, ma foi, il faut s’occuper de lui activement et toutes affaires cessantes : cette puissance hautement négative, redoutable, ne se déplace certes point pour des clopinettes et traîne parfois une suite fastueuse d’acolytes non moins avides de festins copieux. Cet équipage infernal ressemble à peu de chose près à ceux, en Afrique, que les « chefs de terre » traînent dans les tournées de prise de contact au lendemain d’une affectation, genre sous-préfet ou préfet, n’ayant rien à envier à des locustes s’abattant sur un champ de mil. Les simulacres prennent parfois vie à notre grand dam, par le pouvoir performatif du verbe créateur depuis la nuit des temps, dans une interaction inattendue de l’esprit avec la matière.<br />
« <em>Confusion will be my epitaph </em>» susurrait Bob Fripp du King Crimson dans les seventies, au milieu de grandes nappes de synthétiseurs. Quelle sera alors celle du brave Jipé qui ne se voyait ABSOLUMENT PAS retournant au monde ordinaire seul, largué, sans pactole, la tête basse, dépouillé de son compagnon happé en live par l’attraction gravitationnelle d’un corps plus massif. Plus d’horizon du tout en vue pour lui? Terminus pour Jipé à la gare de l’inanité qui dessert Vacuityland. La vie va continuer cahin-caha sans Jipé sur Terre, en France, là où il résidait, bled ou grande ville, il ne manquera pas à sa boulangère longtemps, ni à l’épicier, ni au boucher, ni aux flics de son quartier non plus. Il passera à pertes et profits. Aux latitudes culturelles où les animaux : chats, chiens, oiseaux et autres reptiles, remplacent avantageusement la compagnie humaine, la solitude est un gouffre profond dont on ne remonte pas facilement. De là où il est, Jipé pourra voir son fantôme se glisser/interférer dans les jeux du nouveau couple. En se suicidant, quelque part, il aura envisagé de se manifester à eux, de s’installer en eux, sous la forme d’éclairs de mauvaise conscience. Ce n’est même pas très sûr à l’arrivée. CI-GÎT UNE VICTIME CONSENTANTE DE LA TÉLÉ-RÉALITÉ. <em>Rest in peace</em></p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>OÙ SONT LES SKIPPERS ?</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Jul 2010 12:55:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
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Ce texte est un &#171;&#160;article press lib&#8217;&#160;&#187; (*)
Elle s’appelle Lady Ponce. Entre pierre/Pierre et Pilate, il y a de la marge de manœuvre pour des jeux de mots étourdissants avec un tel sobriquet d’artiste. La « ponceuse » ne s’en prive d’ailleurs pas. « Je vais te poncer! ». Tout un programme (de menuiserie ? [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/photo03.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-588" title="photo03" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/photo03-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Elle s’appelle Lady Ponce. Entre pierre/Pierre et Pilate, il y a de la marge de manœuvre pour des jeux de mots étourdissants avec un tel sobriquet d’artiste. La « ponceuse » ne s’en prive d’ailleurs pas. « <em>Je vais te poncer!</em> ». Tout un programme (de menuiserie ? d’amenuisement ?). C’est la nouvelle icône du Bikutsi au Cameroun, dans une galerie comptant la Rantanplan et la K-Tino, entre autres. Lady Ponce met le feu à la baraque avec son swing. Dans le répertoire qui bat son plein figure une chanson hyper prisée des femmes, où la « go » se demande « <em>les hommes, les hommes… où sont les hommes ?</em>» en mode ironique et pressant. Il y a comme un forfait, une dérobade, inadmissible, piteuse, que cette interpellation publique de LP indexe, pointe sans clairement la nommer. Sur le palier implicite de l’irresponsabilité et de la légèreté ? La facilité et la concupiscence peuvent préférer regarder davantage en dessous de la ceinture: c’est la norme locale d’interprétation. Il se trouve juste que les hommes en prennent pour leur grade. Et ce n’est pas volé. Cette engeance « noyautée » n’est que trop là, excessivement, et se pose là. Les « zôm » sont bel et bien là, entre fringants coqs de la basse-cour et féroces caïmans du marigot. Montant sur leurs ergots ou montrant leurs crocs acérés. Dressés sur leurs egos. Et se regardant en pitbulls de faïence par le prisme de la rivalité. C’est à qui l’aura la plus longue et la plus grosse. Suivez mon regard. Le principe trique mène la farandole et les femmes trinquent. Le pays avec, depuis cinquante ans. Où sont les hommes ? Ce sont eux les fauteurs du Fiasco historique et personne d’autre. Encore faut-il se le dire entre quatre yeux et en tirer les conséquences, pour envisager autrement les cinquante prochaines années. Sinon, ce sera rebelote.<br />
<strong>Eve</strong><br />
Les hommes n’ont certes pas « ramassé par terre » l’arrogance qui est la leur sur tous les paliers de la société camerounaise contemporaine. Un ouvrage de référence largement diffusé et massivement adopté, carrément populaire, a ouvert la voie à cette attitude et nourri le fondamentalisme masculin qui sévit actuellement : l’Ancien Testament dans la Bible. Le mythe de la Chute tel que rapportée/conçue par la Genèse, le premier texte en l’occurrence de l’épais pavé judéo-chrétien, est bel et bien au foyer multiplicateur de cette phallocratie triomphante, bête et méchante, qui fait de Eve la complice du Tentateur et celle par qui donc la félicité paradisiaque des origines, à côté de Dieu, avec Lui, vole en éclats. Par la faute de sa curiosité, voire de sa supposée faiblesse/corruption. Elle y est la fauteuse, celle par qui le scandale initial et inaugural des vicissitudes humaines arrive sous l’aspect de la peine du travail et de mort. Cette représentation on ne peut plus négative n’en finit pas de fonder la soumission des femmes aux hommes depuis l’irruption des soutanes et du Crucifix de ce côté du monde. Un lourd et infâme soupçon, d’essence métaphysique, pèse ainsi sur elles dès leur venue au monde et pour toute la suite des jours à-venir. La première violence faite aux femmes quotidiennement, violence symbolique qui n’est pas moins dévastatrice que ses formes physiques, réside là, dans cette Genèse qui les culpabilise/diabolise d’entrée de jeu, qui les fissure sans recul. Les féministes du cru vert-rouge-jaune ne sont jamais allés s’en prendre ni aux pasteurs protestants, ni à leurs homologues catholiques, ni n’ont brûlé publiquement la Bible, comme d’autres le drapeau américain ou israélien, pour dire de la sorte, symboliquement, toute leur protestation outrée et intellectuelle contre cette incrimination odieuse, diantrement ravageuse. On ne touche pas à ce prestige-là ? Autant dire alors à cette aune piètrement révérencieuse/révérencielle, que la condition générale des femmes ne changera pas de sitôt au voisinage nord de la latitude zéro, que leur disqualification métaphysique et la discrimination qui en découle, ont encore de beaux jours devant elles. Avec l’aval mondain et gracieux de cet establishment local qui porte la conjuration en sautoir. Même si une poignée de privilégiées peut obtenir désormais un visa de sortie du territoire camerounais sans tracas, sans devoir passer au préalable sous des fourches caudines conjugales, par l’aval naguère obligé/institué/requis de l’époux, <em>sine qua non</em>, dans un tableau de chasse bien garni, de conquêtes sociales for sure respectables et indispensables que les activistes griffues de Mokolo-Elobi  à Yaoundé ne se privent évidemment pas de revendiquer et de brandir le cas échéant à leurs contradicteurs, tout reste à faire cependant au Cameroun pour réhabiliter complètement la Femme <em>as such</em>, spirituellement, dans l’imaginaire individuel et collectif, il y a encore du pain sur la planche pour en finir décisivement sous nos cieux plombés par cette/sa lourde stigmatisation subliminale des mâles, réductrice. Et dans la foulée, <em>of course</em>, liquider socialement, politiquement et culturellement, le despotisme aussi à ciel ouvert qu’insidieux des gonades.<br />
<strong>Plaine de grâces</strong><br />
Sauf à se vider ce faisant de toute pertinence et consistance idéologique, si ce n’est tout bonnement de substance, et à se saborder par là même, le récit biblique ne pouvait pas en rester sur cette figure perverse de la Femme, la Eve primordiale, originellement fissurée par le péché, fourvoyant son Adam tout aussi primordial sous la houlette de Satan. L’économie interne de l’eschatologie exigeait sur le chemin nécessairement historique de la Rédemption s’accomplissant, vers le Salut promis, dans le temps terrestre et fini de l’immanence, de la « corriger »/« rectifier » radicalement, moyennant la construction d’une antithèse tant lumineuse que parangon de la vertu. Et la douce mère de Jésus entre en scène sous l’égide de la nouvelle alliance. Marie, la bienheureuse Vierge. Et on enfonce le clou. Après la femme fatale, récalcitrante, maudite, vicieuse, crapuleuse, souillée, source des maux du monde, illustrée par la Jézabel de Ninive et la Cléopâtre de Saba, réputées expertes en lascivités, voici venir la femme effacée, sans tache, dévouée, sublime, docile, pure comme une eau de source, liliale : ce tropisme soutient l’argumentaire de bout en bout. Marie plaine/pleine de grâces et figure de l’abnégation, qui accepte la Passion de son divin rejeton sans broncher. Le contre-exemple parfait qui sert de modèle insurpassable à une pléthore de femmes, exaltée par l’Eglise et son autorité morale qui régente l’espace public peut-être plus que le droit civil, dans un sens objectivement agréable aux pouvoirs masculins pilotant le corps social. Ou comment les supposés émissaires du Christ, céleste rebelle, ses porte-paroles estampillés, oints théoriquement par son martyre, pactisent pourtant paisiblement, sereinement, ouvertement, avec les fauteurs patentés du Fiasco, les fossoyeurs de l’espérance, les jours ouvrables et le dimanche. Ils boivent et mangent à leurs tables à volonté, bienvenus de Janvier à Décembre. Chacun de ces squales opérant en eaux profondes et troubles a un prêtre pour ses offices personnels qui accourt quand les circonstances le sonnent. Marie par ci, Marie par là. La Magnifique. Immaculée. Haro puritain sur le sexe, porte de la disgrâce ouverte/béant sur la géhenne éternelle. Ses émules, dans diverses congrégations éparpillées, soignent/assistent leurs semblables aux quatre coins du monde et de l’indignité. Elles arrivent parfois dans ces humbles œuvres à restaurer leur humanité piétinée, mutilée, brisée par la violence et la haine. Ce service volontaire et compassionnel du prochain, cette chaude tendresse exercée envers l’Homme souffrant/en souffrance, sans aucune contrepartie et qui ne va pas nécessairement de soi, à mettre complètement à l’actif du message évangélique, of course, est un effet de la conviction éponyme. Sans leur charité/dévotion mariale, l’abîme de la détresse des Terriennes et des Terriens serait insondablement profond sous moult latitudes et lieux de la planète bleue. Comme quoi donc, même si par ailleurs elle « arrange » culturellement l’ordre triomphallique établi et y participe, on va dire, tangentiellement, la si sainte et si noble figure de la Vierge Marie opère dans le monde de la finitude contre l’entropie qui y sévit grave, essentiellement du fait des crétins en « noyaux » submergés par des affects négatifs : l’orgueil, la vengeance, la revanche, le ressentiment, l’envie, et j’en passe, qui sont autant de matrices de malheurs, des fabriques industrielles de folies meurtrières et littéralement inhumaines.<br />
<strong>La conspiration andocentrique</strong><br />
Dans la complexe vision Mwaba-Gurma du monde, le « masculin » et le « féminin » ne se réduisent point aux genres sexués du matérialisme philosophique occidental qui pilote l’époque actuelle. Ce sont deux principes complémentaires participant concomitament à la production du réel, de sorte que l’un ne l’emporte jamais trop sur l’autre, et ils se tiennent en vis-à-vis dans cette relation de rééquilibrage permanent de leur dynamique dialectique, entre limitation et expansion, retenue et débordement, respectivement. Zéro surplomb dominant. On voit alors tout le tort fait à la Femme en Afrique par la christianisation et la colonisation : il s’agit, au bénéfice du futur, de tordre résolument le cou à cette méchante distorsion qui fait furieusement larsen. Ce chantier, le dégonflement de la conspiration andocentrique, n’est pas encore formellement ouvert au sud du Sahara, entre la part judéo-chrétienne, exotique, lui faisant écho, et la part vernaculaire de cette posture dominante des hommes, impériale, dans la société africaine moderne. On peut se dire que ce serait un excellent et plausible lieu d’intervention de la réfutation postcoloniale en cours. Pousser jusqu’au bout de son principe organique la logique de déconstruction et de renversement des discours dominants ne peut pas en faire l’économie. La férule mâle pèse d’un trop lourd poids encore sur les forces vives et oblitère dramatiquement leur émergence. Elle est formidablement nocive, réactionnaire en diable, strictement opposée à l’épanouissement des femmes et, subséquemment, au développement harmonieux de la société qui demeure en cela tragiquement estropiée. L&#8217;Indépendance torpillée et ses potentialités gaspillées, le pays pillé par les hommes s’enfonce dans la pauvreté chaque jour que le soleil fait.<br />
Est-il vraiment besoin de stipuler encore, pour notre gouverne à tous, que le fonctionnement et l’avènement d’une démocratie sans leurres, authentique, autre que procédurale, au large du maquereau chinois congelé et du riz vietnamien distribués aux myriades essorées à la veille d’un scrutin crucial, passent impérativement par le curage minutieux de ce drain engorgé qui exhale d’abondance les miasmes nauséabonds de la fatuité masculine sans limites ? La forteresse des gonades doit tomber un de ces quatre matins. Tombera un beau jour de pluie ou de soleil. <em>Volens, nolens</em>. Veux ou veux pas. Comme la Bastille est tombée en 1789. Comme le fascisme brun est tombé en 1945. Comme le Mur est tombé à Berlin en 1989. C’est le destin inéluctable des despotismes, quels qu’ils soient et où que ce soit dans l’Histoire connue et conservée du monde. Rebelote donc avec Lady Ponce : &laquo;&nbsp;<em>où sont les zôm, les zôm, les zôm..</em>.&nbsp;&raquo; ? Réponse : ils marchent gaillardement à côté de leurs pompes, assurés de leur bon droit et de la pérennité de cette domination insane. Et on devrait se demander dorénavant, le constat d’un demi-siècle d’errance étant définitivement établi : où sont les skippers ? Le futur adviendra par des navigateurs audacieux jouant des vagues, des courants marins et des vents pour aller vers le cap de la prospérité, vers une Afrique différente que celle qui venait de 1960, en suivant des géodésiques balisées pour arriver à bon port, malgré les récifs éventuels.</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>LIBATIONS</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Jul 2010 20:56:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
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Au tout premier chef, la soif est une sensation objective d’astringence résultant d’un stress physiologique. C’est une « altération » qui peut parfois se faire éprouvante, pressante, et à laquelle la seule absorption d’eau pallie pour l’ensemble du règne animal, des oiseaux aux éléphants. Comme quoi donc, boire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/BEER.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-581" title="BEER" src="http://www.lionelmanga.com/wp-content/uploads/2010/07/BEER-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Au tout premier chef, la soif est une sensation objective d’astringence résultant d’un stress physiologique. C’est une « altération » qui peut parfois se faire éprouvante, pressante, et à laquelle la seule absorption d’eau pallie pour l’ensemble du règne animal, des oiseaux aux éléphants. Comme quoi donc, boire à l’unique et stricte fin de se désaltérer n’est certes pas un apanage spécifiquement humain. S’enivrer, oui, par contre, l’est incontestablement, à ingurgiter outre mesure des boissons alcoolisées, depuis la nuit des temps. L’ébriété est à ce basique titre, autant que le rire et la colère, un authentique propre de l’homme. Les corpus de la littérature orale des temps où la fermentation était artisanale et le seul procédé dédié, contiennent sous toutes les latitudes des récits aussi savoureux que grinçants, ayant pour thèmes la griserie induite par des libations immodérées et leurs effets imprévisibles, perturbateurs, pas toujours si plaisants au finish.<br />
«<em> Boire un petit coup c’est agréaaable, boire un petit cooouuup, c’eeest bon ! </em>» serine la bien connue ritournelle, devise déclarée des amateurs de boissons alcoolisées. Sous le signe de la commensalité et de la convivialité, l’absorption de ce type de boissons est une activité sociale admise et bien établie au sein de toutes les cultures. La plupart des langues humaines savent aussi dire au propre comme au figuré, cet état second dans lequel se trouve celui ou celle qui aura éventuellement forcé sur la dose. A l’échelle d’un individu, cette activité peut bien entendu aller jusqu’à l’addiction extrême, quand on s’y adonne très au-delà de la soif et qu’il ne s’agit plus seulement de se désaltérer, ni donc de soif au sens tout à fait objectif du terme.<br />
De sorte que la notion d’utilité au sens de la théorie économique explose littéralement et se trouve vidée de toute pertinence heuristique par ces beuveries où chaque protagoniste se targue fièrement après-coup d’avoir ingurgité douze bières en bouteilles de soixante cinq centilitres, voire même plus, là où une seule suffirait amplement à « liquider » la soif. Quelle innommable pression mentale, quelle compulsion infernale pour l’excès, les pousse donc dans ces orgies de bière hallucinantes ? Quelle perspective glorieuse les entraîne dans cette course folle à qui sera la meilleure éponge d’une longue soirée parmi d’autres à la même aune, le sexe prétendument faible n’étant d’ailleurs pas en reste, toutes proportions gardées ?<br />
Quelle formidable vacuité assure ainsi aux boissons alcoolisées cette omniprésence dans l’espace urbain, mais pas seulement, au Cameroun? Quels ressorts ? Qui y trouve à redire ? Ou sinon, à qui cet empire de l’intempérance profite ? Et à quelles fins ? Alors que le compte à rebours vers la commémoration du cinquantenaire de l’Indépendance est lancé dans les têtes pensantes et les dirigeantes, sachant que 50% de la population à Douala a moins de quatorze ans, ces interrogations sur la « jon » sont aussi cruciales que d’une brûlante actualité.<br />
<strong>De la mise-en-bière</strong><br />
La soif est indubitablement une industrie juteuse au Cameroun. Au point que la S.A.B.C qui affiche fièrement soixante et un ans d’existence au compteur est le deuxième plus grand contribuable aux ressources fiscales de l’Etat. Ce n’est pas rien et elle tient le rang. Depuis l’autochtone et historique Beaufort alias Jobajo, doyenne des bières, dont le nom était pour l’époque tout un programme colonial de séduction, l’offre de ce brasseur en « jus de maïs » s’est diversifiée d’année en année depuis 1948, et son portefeuille de produits comporte désormais un peu moins d’une dizaine de marques de bière, dont certaines très populaires comme la 33 Export alias Tritri et la Mutzig, ont pignon sur rue, l’une faisant fond depuis plusieurs saisons sur le football comme axe publicitaire, après l’amitié, alors que l’autre surfe non loin de là sur la musique, avec son très couru concours national de la chanson. Deux axes stratégiques qui recrutent évidemment beaucoup de consommateurs et qui font le bonheur du chiffre d’affaires de l’entreprise.<br />
L’entreprise aux couleurs rouge et jaune or n’est toutefois pas seule dans ce créneau lucratif. De sorte qu’à son offre il convient, pour faire bonne mesure et donner une vue authentique de ce mousseux paysage, d’ajouter celle de son concurrent immédiat GCSA qui lui taille des croupières avec la Guinness alias Guigui, sa stout au goût amer et prisé. Il va sans dire que la mise-en-bière nationale marche toujours comme sur des roulettes et ne connait guère de répit. Ce malgré la baisse drastique du pouvoir d’achat depuis deux décennies. 4,6 millions d’hectolitres produits en 2007. Et la concurrence y bat son plein de l’aube au crépuscule. Entre le poids lourd de souche coloniale française, détenteur de 80% du marché de la soif, et son fringant challenger plutôt irish arrivé en 1967, c’est donc à qui sera le plus bu pour sûr de Douala à Kousseri et de Manfé à Yokadouma, mais aussi et au préalable, à celui qui sera le plus vu dans la lice marchande vert rouge jaune. Moyennant des budgets consistants de communication vers lesquels lorgne le landernau publicitaire.<br />
<strong>O.D.V</strong><br />
L’empoignade pour les parts de marché (de gosier ?) se joue en effet très serré sur le terrain de la visibilité, entre la S.A.B.C et GCSA. Les équipes de marketing ne lésinent sur rien pour maintenir de l’avance sur le concurrent, réduire l’écart, si ce n’est carrément lui damer le pion. Les méninges des agents de cette mise-en-bière rationnelle tournent en régime de surchauffe. Dans ce scénario, les agences de conseil en communication leur sont ce qu’un soufflet est au forgeron : un instrument capital pour attiser le feu, le ranimer, le garder vif. Indispensable. Dans la panoplie des supports que ces discrètes officines mettent en œuvre à cet effet et assurant la visibilité de ces gros clients, il y a principalement l’affichage urbain le long des artères principales, autour des girations urbaines névralgiques, ainsi que sur les grands axes routiers. Soit le must des O.D.V ou « occasion de voir » dans le jargon publicitaire.<br />
Exemple banal : à trente trois kilomètres de chaque agglomération d’importance du réseau routier national, de grands panneaux dédiés à la 33 Export font majestueusement office de bornes kilométriques de part et d’autre de la chaussée, pour chaque sens de la circulation. Dans le même registre, les aficionados doivent encore bien se souvenir du méga panneau de Guinness s’allumant au bord du soir et planté en plein milieu du carrefour Pakita rebaptisé «  de la joie » à Yaoundé, au quartier Essos, quand ce lieu alors tonitruant jusqu’au petit matin, havre urbain absolu de dissipation et de libations, était l’embouchure des nuits blanches de la capitale. Piéton ou automobiliste, c’est impossible en ville de ne pas se trouver exposé, au bas mot cinq minutes par jour, à ces dispositifs racoleurs. Une exposition permanente qui tourne à l’état de siège.<br />
<strong>Capsules gagnantes</strong><br />
Dans cette compétition commerciale acharnée pour gagner et conserver les faveurs des consommateurs versatiles, la S.A.B.C et la GCSA ont toutes deux abondamment recours à une manière d’arme absolue en la matière : les campagnes promotionnelles. Périodiquement, les Camerounais et les Camerounaises sont incités par un vaste battage publicitaire à lever davantage le coude. Les mécanismes récurrents de ces promos consistent en général à collectionner x capsules d’une marque de bière pour avoir droit à une bouteille gratuite. S’y ajoute en général un joker ouvrant la participation à une tombola, avec la possibilité de gagner un lot alléchant par tirage au sort : téléphone portable, MP3, Ipod, ces nouveaux « objets d’attraction et de tentation », voire même une voiture le cas échéant. Une autre variante non moins déclinée consiste à disperser, selon un certain ratio, des capsules instantanément gagnantes parmi un contingent de N bouteilles.<br />
Au plus fort de ces périodes, les consommateurs sont totalement cernés : impossible alors de faire un pas sans tomber sur un pressant Call To Action, sur une incitation à « picoler » encore et encore. Y’a des affiches de tous les formats aux murs des débits de boissons, tandis que des escouades de jeunes filles enrôlées à dessein, aguicheuses et « brandées » aux couleurs des entreprises, distribuent des flyers à tout venant dans la rue. L’engouement pour les promos est tel que les capsules gagnantes en deviennent à l’occasion monnaie d’échange de circonstance dans l’économie informelle. On a ainsi vu des chauffeurs de taxi refiler aux « éléments » à un contrôle de police, une ou plusieurs capsules de Guinness grand modèle, par exemple, histoire de se tirer du traquenard à peu de frais : un corps d’Etat ne peut guère tomber plus bas. Sans parler des chaudes altercations survenant dans maints « abreuvoirs » pour la propriété contestée d’une capsule gagnante : ça s’est trouvé également et plutôt deux fois qu’une. Revient-elle à celui qui offre une bière ou à celui qui la reçoit et boit ? Autant dire que les capsules font mouche mal, qu’elles cartonnent, et cette saga n’est pas prête de s’arrêter de sitôt! La mise-en-bière a le vent en poupe dans le Cameroun battant pavillon «grandes ambitions ».<br />
<strong>Dégâts collatéraux</strong><br />
Ils ont alors beau jeu chez GCSA, depuis quelque temps déjà, de faire systématiquement figurer, en petits caractères sur les visuels, la mention « drink responsibily », et à la S.A.B.C de mentionner que l’abus d’alcool nuit à la santé : cette pruderie obligée et récemment imposée est on ne peut plus hypocrite. Elle ne change en l’occurrence rien du tout au fait avéré et massif que ces campagnes à répétitions dressent objectivement le lit de l’éthylisme chronique dans la société camerounaise de la post-Indépendance, ainsi que celui des dégâts collatéraux. Dont le moindre n’est pas l’instabilité familiale quand une « jon » immodérée absorbe sitôt que perçu, la moitié du salaire de misère du père qui ne sait plus où donner de la tête pour faire vivoter sa nombreuse smala et s’enfonce dans une tragique fuite en avant. La prolifération urbaine des débits de boissons est en outre la source d’une terrible nuisance à laquelle les pouvoirs publics chargés pourtant de faire respecter la tranquillité de tout un chacun n’accordent encore jusque là aucune attention : le bruit.<br />
Et quel tonnerre de bruit, pardi ! Ces <em>sound system</em> agressifs qui déchaînent des orages de décibels en fracassant méchamment la quiétude résidentielle d’un voisinage au grand dam des riverains désespérément sans recours. Quand ce n’est pas dès le frais matin à six heures et toute la journée sans interruption sur le mode volume à fond la caisse, c’est parfois après vingt deux heures où légalement pourtant, Tartempion, riche ou pauvre, analphabète ou surdiplômé, Black or White, a droit à la tranquillité vespérale. Les protestations réitérées des riverains victimes de ces déferlantes soniques se heurtent généralement à un épais mur de mépris : « <em>Est-ce que je suis chez vous ? En quoi ma musique vous dérange ? A chacun son territoire ! Et si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à aller habiter ailleurs… </em>». Fin de non recevoir vulgaire, brutale, froide, inhumaine, cynique. Une belle et stupide camerounaiserie. Qui suscite, et comment, des envies certaines, concrètes, de tuer, de faire radicalement payer quelqu’un à un moment donné, quand les multiples plaintes formulées en bonne et due forme où de droit n’aboutissent à aucune réduction de la tonitruance.<br />
<strong>Complaisances</strong><br />
Tant qu’elle est et reste douce euphorie, subtile griserie, induisant derrière quelques godets éclusés une certaine légèreté, et partant de l’impesanteur, l’ébriété est une sensation tout à fait positive, que l’on peut même rechercher sciemment à l’occasion aux heures creuses. En se donnant néanmoins pour soi une limite précise au-delà de laquelle ne pas aller, façon ligne rouge de sécurité physique et mentale. Les boissons alcoolisées ne sont certes pas les seules pourvoyeuses, d’ailleurs, sous le soleil, de ces extases contrôlées.<br />
Autre chose est de constater au quotidien que l’omniprésence des incitations légales à boire entretient ce qu’il faut bien considérer ici et dorénavant comme une dépendance massive à la bière et nommer ainsi ouvertement. Il se trouve que la manne fiscale n’est en fait pas le seul bénéfice que le régime de pouvoir aux commandes du pays depuis le 18 février 1958 tire de cette vaste addiction nationale couverte par un parterre de complaisances à tous les niveaux de la société camerounaise qui pactise de la sorte avec le Diable.<br />
C’est désormais à qui aura son bar, quitte à lui sacrifier une partie du périmètre domestique. Car le bar est assurément une source d’argent liquide au quotidien quand il tourne à un bon régime. C’est un excellent plan B pour les matérialistes qui ne regardent l’existence que par le prisme étriqué du lucre, sans aucune autre considération. Où et quand s’élèvent des voix décriant l’alcoolisme et l’éthylisation agréée de la société camerounaise depuis un bon demi siècle? S’il y en a, elles sont parfaitement inaudibles, recouvertes par le « bruit » de la futilité triomphante, par le brouhaha de fond du Fiasco de l’indépendance. Cela mériterait bien une « marche blanche », davantage que la dépénalisation de l’homosexualité et l’IVG.<br />
<strong>Exutoires</strong><br />
Au temps révolu où le parti unique imposait son point de vue avec un appareil sécuritaire chargé de le faire respecter et de traquer sans merci les contrevenants à cet ordre politique, l’ébriété est la seule issue au mutisme obligé qui frappe de glaciation la parole libre. Moult déchéances éthyliques défraient la chronique mondaine de l’ère Ahmadou Ahidjo. Tel fringant commissaire de police de la première heure et promotion, pourtant promis à une belle carrière administrative, au vu de ses antécédents de service depuis le commencement sous la houlette coloniale. Ou encore tel médecin non moins brillant. Sur la planche inclinée de l’ébriété dégénérant cette fois en chute libre dans un gouffre sans fin d’errance et de solitude jusqu’à une fin parfois pitoyable, des existences glissaient inexorablement. Et encore aujourd’hui, des désastres similaires font aussi les gorges chaudes des bien-pensants calfeutrés dans leurs certitudes aussi pieuses que miteuses.<br />
Cherchez la fêlure. Intime ou dans une autre sphère. Rien ne se perd et tout se transforme. Ce d’autant que nous sommes des êtres psycho-dynamiques. On ne sait que trop bien à quel point les boissons alcoolisées escortent allègrement capitulations, refoulements, déceptions et frustrations en tout genre, dans ces descentes aux enfers. Au large de ces icônes malgré elles de la mise-en-bière lévitant sans joie très au-delà de la soif, il y a l’abrutissement généralisé des multitudes engluées dans la mal-vie sous toutes ses formes et qui ne connaissent pas d’autre loisir que celui-là, à part peut-être le football et le sexe triste. Il y a la solitude des âmes en proie à toute sorte de peines, d’inconsolations, et ballotées par les vicissitudes existentielles comme des esquifs sur une mer démontée. Il y a tout le contingent mixte dévasté par le désamour, cette kyrielle de cœurs brisés…<br />
Sur fond de «  On va faire comment ? Bia bo ya alors ? », le refrain de la résignation repris à toutes les sauces vernaculaires, noires, jaunes <em>and more</em>, elles barbotent, pataugent, fatalistes, dans le marécage fétide de l’impuissance à infléchir ne serait-ce qu’un tout petit peu la dure réalité camerounaise, impuissance on ne peut plus accablante. Persuadées alors que c’est là leur seul destin possible sur Terre, en attendant leur tour de trépasser incognito, aspirées par le néant, elles subissent les jours et les saisons qui passent en noyant tant bien que mal leurs déboires ordinaires, leurs angoisses et leurs frustrations au long cours avec la panoplie disponible de boissons alcoolisées, dans l’ombre tentante des « églises du réveil » et leurs promesses si fallacieuses de délivrance. Ces « escroqueries » au nom de Dieu qui obtiennent l’aval formel de l’Etat pour exercer leurs funestes activités, recueillent d’ailleurs maints « repentis » retirés de la dissolution, qui font pour le coup d’excellents prosélytes et des disséminateurs prêchant par l’exemple de leur vie redevenue vertueuse, hommes autant que femmes. Qui dit mieux ?<br />
<strong>Économies d’échelle</strong><br />
En clair, cette mise-en-bière massive recouvre un enjeu politique de premier plan. Aucun régime autoritaire en effet, qui plus est s’affublant du masque démocratique, ne peut durablement entretenir un dispositif de répression de la parole libre, ne peut mettre en quarantaine permanente une pensée non conventionnelle, subversive : ce contrôle social est onéreux à la longue, et c’est aussi cela qui a petit à petit conduit le régime soviétique à son effondrement final. Insoutenable. En revanche, l’ébriété est un formidable outil de discipline, car elle blase efficacement, en ce sens essentiel qu’elle anesthésie littéralement la sensibilité. Rien de tel donc pour produire des zombies fonctionnant sans réfléchir, sans trop se poser de questions dérangeantes.<br />
Un gouvernement ne peut pas mieux réaliser des économies d’échelle dans la gestion des turbulentes multitudes qu’avec ce contrôle social par procuration. L’ubiquité percutante et envahissante des boissons alcoolisées au Cameroun trouve en cette fonction lobotomisante et narcotique toute sa justification définitivement scabreuse. Ligaturer à peu de frais et aussi massivement les esprits au Cameroun sert ostensiblement les desseins d’un régime politique largement obsolète, complètement en porte-à-faux avec le temps présent et celui qui frappe avec insistance à la porte de l’Histoire. Mais ses croulants piliers qui se cabrent résolument contre l’avènement de l’alternance et multiplient les manœuvres dilatoires, soutenus par leurs ouailles compassées et leurs sicaires dévoués, ne l’entendent pas vraiment de cette oreille : ils y sont, aux commandes du pays, et ils y resteront.<br />
C’est presque plus performant vu de près que le Big Brother de Georges Orwell dans 1984. Fort de cette apathie collective, chacun peut se blottir dans sa coquille et regarder crever le voisin sans bouger le petit doigt parce qu’il ne parle pas la même langue que lui. Ou encore, dans le registre du lissage de la complexité et du nivellement par le bas, la prolifération depuis le dernier quart du siècle dernier de la pseudo-esthétique musicale tramée par l’utilisation très approximative, binaire grave, de l’informatique et de ses software dédiés à la prise du son, production qui alimente la play-list des débits de boissons au voisinage nord de la latitude zéro. Le <em>so called </em>Petit Pays alias Rabbi en est l’emblème ténébreux et il a engendré une engeance exactement à son image, assommante au possible. Cette piètre « écurie » d’ergoteurs narcissiques et au petit pied réduit sans vergogne l’humain du cru à sa plus simple expression : se saouler et forniquer sans modération. Piliers estampillés du vide ambiant vert rouge jaune, ils tirent précisément de là leur subsistance quotidienne, en collaborant objectivement à l’entreprise historique et politique de chosification de leurs « compatriotes ».<br />
<strong>Mimétisme</strong><br />
Que les myriades de l’ébriété de base les plébiscitent n’est pas vraiment surprenant en soi. Le déni constant de la complexité qui est le propre de la Beauté, sévira encore longtemps au Cameroun, sous la houlette plurielle de la bière, du vin, du whisky &amp; Co, si aucune prise de conscience collective ne se met dès à présent publiquement en branle pour stipuler clairement son opposition à un asservissement sournois, qui ne dit pas son nom et se donne pour une culture de « l’ambiance » n’ayant pas son pareil au sud du Sahara. Le risque que les progénitures suivent les traces des géniteurs est en effet grand. Soumis continuellement aux représentations des boissons alcoolisées, de la bière principalement, assistant aux premières loges à tout le théâtre humain et mondain que ces boissons suscitent et entraînent autour d’elles, façon noria et dérive de la griserie, il y a fort à parier que parmi les générations futures, certains et certaines, subjugués, emprunteront cette voie sans issue. Mimétisme oblige.<br />
Dès leur plus jeune âge, surtout dans les milieux défavorisés, les enfants sont de facto mis en contact avec la bière, puisque ce sont eux, taillables et corvéables à merci, qui vont la quérir à l’abreuvoir plus ou moins déglingué du coin, et fissa. Le succès phénoménal du lancement en 2008 de la Smirnoff Ice par Guinness, au point que le stock prévu pour durer six mois s’est écoulé en moins de quatre, est un signe tout à fait éloquent du formidable potentiel que les producteurs et les marchands estampillés de boissons alcoolisées envisagent d’exploiter demain, en introduisant les adolescents d’aujourd’hui dans l’univers de l’ébriété mesurée, pour autant qu’on puisse le dire ainsi, avec des breuvages doucereux. Lesquels n’ont l’air de rien comme ça, bénins et inoffensifs à première vue. Mais ils pavent cependant bel et bien la voie dramatique vers l’addiction à l’âge adulte venu, irréversible. Par l’accoutumance garantie qu’induit au fil des ans la fréquentation continue, répétitive, journalière, de ces boissons tellement attachantes.<br />
A telle enseigne que l’organisme arraisonné sous cette coupe va invariablement en redemander toujours plus, encore et encore un peu plus, la saturation contribuant à cette escalade éthylique et vertigineuse. En effet, le seuil psychologique de satisfaction s’élève alors irrésistiblement. Insensiblement mais sûrement. Le schéma est parfaitement classique. Une boucle vicieuse s’enclenche dès lors mécaniquement. On ne le dira jamais trop par ces temps d’incertitudes propices à ces lentes autodestructions. Les boissons alcoolisées, drogue dure pourtant, sont néanmoins officiellement et universellement autorisée sur Terre, sous tous les cieux, à partir de dix huit ans. Or, les incitations ludiques et ad minima de la publicité frisent l’injonction douce. Le péril en la demeure à l’horizon est grand pour un pays comme le Cameroun dotée d’une pyramide démographique dans laquelle les jeunes pèsent autant. Et pour cause : des forces vives aux cerveaux embrumés par l’ébriété chronique ne peuvent certes pas assumer l’à-venir valablement et tenir les défis du siècle.<br />
<strong>Ampoules rouges</strong><br />
L’univers urbain des « bilam » se superpose à celui de la concupiscence et du stupre. L’alcool émoustille. Et surtout de ce côté-là, boostant la libido, il désinhibe pas mal. Sous griserie, état second agréable, on se lâche sans même s’en rendre compte, les fantasmes caracolent en toute franchise sur le réseau neuronal. Et il vient alors facilement des idées lubriques. Fatalement. Les exploitants des «abreuvoirs » l’ont compris tant et si bien que ces lieux communs sont souvent flanqués d’annexes signalées par des ampoules rouges qui rutilent la nuit de loin. Pour le plaisir à la hussarde, vite fait, sans chichis ni longs préalables. Entre deux « whisky black » : le visuel de réclame hautement suggestif de cette sombre gnôle montre une créature langoureuse marchant vers un homme, et la suite va de soi. Y’a pas de mal à se faire du bien non ? C’est <em>fucking </em>trop bon de tirer un petit coup fumant en passant, ni vu, ni connu ? Ça détend et soulage le corps contracturé par les tensions quotidiennes et les coups encaissés sans rendre ? <em>Of course</em>…<br />
Mais quid de la plus élémentaire des précautions <em>today </em>avec le VIH qui rôde ? Pas besoin de tenir la chandelle dans les chambrettes de service, à l’hygiène douteuse, pour considérer que l’ébriété n’y est peut-être pas toujours exigeante, et que le préservatif est, de ci, de là, omis, négligé, dans le feu brûlant de la pression de copulation. Là aussi, c’est sur les générations futures, les sexuellement actives de demain, mais aussi bien d’ores et déjà sur la jeunesse actuelle férue en la matière de full contact, que pèse de plus en plus la lourde épée de Damoclès d’une accélération de l’infection au VIH, et le risque d’un choc démographique sévère comme il s’est vu en Ouganda, quand ce pays pauvre et forcément endetté a pris de plein fouet la crise du sida.<br />
<strong>Tombeaux ouverts</strong><br />
Passera-t-on sans sourciller sous silence ces silhouettes noires de contreplaqué plantées sur les bas-côtés de l’axe lourd Douala-Yaoundé et ailleurs, censées rappeler aux usagers et aux automobilistes à chaque point marqué de la sorte, le nombre des morts d’un accident survenu là ? Qui ignore encore que c’est l’intempérance chronique qui transforme nos routes bitumées en tombeaux ouverts ? Jusqu’où ira même cette hécatombe qui n’en finit pas d’endeuiller des familles et de briser inopinément des vies ? Combien faudra-t-il encore de morts si violentes avant qu’une procédure élémentaire et éprouvée comme l’alcootest soit un jour mise en place ? Objectif : objectivement dissuader les conducteurs de prendre le volant sous influence éthylique et se transformer ce faisant en assassins malgré eux ?<br />
Avec déjà ce dispositif minimal sur le réseau routier, une flopée d’ivrognes ne conduiraient vraisemblablement pas. Il y va foncièrement de sécurité publique : un bien public aussi précieux qu’un diamant taillé de 18 carats, et de protéger des vies humaines qui le sont tout autant. La prévention ne doit donc pas se lasser de dire et de redire sur tous les tons que boire et conduire une automobile ne font pas du tout bon ménage. Parce que l’ébriété émousse considérablement la vigilance : en quelle langue faut-il le marteler et l’enfoncer dans les têtes décidément à claques ? S’entêter à prendre le volant dans cet état second tient et tiendra toujours de la pure témérité autant que de l’inconscience caractérisée. Il est probablement temps alors de se demander gravement et honnêtement, considérant la magnitude du phénomène, son extension sociale et les récidives multiples sur ce terrain, s’il n’y a pas sous roche au Cameroun du 21ème siècle, non reconnu encore mais tout à fait repérable par une étude clinique qui se pencherait sérieusement sur le sujet, un syndrome pointant vers des pathologies comportementales…<br />
<strong>Nowhereland</strong>&#8230;<br />
La nature ayant une sainte horreur du vide, les boissons alcoolisées demeurent le recours classique pour combler celui qui, de toute évidence, ronge insidieusement les hommes et les femmes du Cameroun perclus de rétrécissements, en mal de dilatation et en panne sèche d’espoir : c’est la denrée en ces jours d’incertitudes quant au lendemain, sinon l’heure à venir, qui manque décidément le plus dans notre pays. La surenchère publicitaire en faveur de l’ébriété est tout bonnement alarmante et odieuse. Elle laisse de fait la très vilaine impression que le beau pays d’Osende Afana et Cie est à l’encan, sur les rotules, genre friche de Chromolaena Odorata à prendre par le plus offrant, si ce n’est sans coup férir par le plus rusé des prédateurs tapis à l’affût.<br />
« <em>Venez me tromper…venez me tromper ! »</em> : c’est sur ce leitmotiv d’appel ironique au chaland indécis et flânant avec un pouvoir d’achat insignifiant, que s’époumone, tout au long des chaudes heures diurnes, la gent des fripiers opérant à la criée au pittoresque marché de Mokolo. Le Cameroun contemporain ne se rapporte cependant point à un imposant monticule de sous-vêtements d’occasion qu’il faudrait écouler à tout prix, coûte que vaille, le plus vite possible, avant que la nuit équatoriale n’évince le jour. La mise-en-bière brade en toute impunité l’avenir dans les bars sordides, dépourvus de toilettes, et ce n’est encore rien de le dire. Qui vivra verra demain ce qu’il en sera alors.<br />
La société vert rouge jaune ne peut absolument pas se projeter vers et dans un futur viable, si l’intempérance s’enfonçant à pieds joints dans les ornières de l’ébriété demeure à cette échelle son premier moteur, si la griserie sans bornes est sa devise fondamentale. Pas plus qu’une démocratie qui se voudrait forte ne peut se fier aux récurrentes gueules de bois des citoyens, ni non plus s’édifier durablement sur des casiers de bière, accompagnés de sacs de riz et de cartons de maquereaux congelés distribués tous azimuts aux abords des scrutins. Sauf si ce pays faussement de cocagne s’appelle Nowhereland…</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout  ou en  partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa   suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit   exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra   continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y   aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="../">ici</a>.</strong></p>
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		<title>LA CONVERSATION SILENCIEUSE</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Jun 2010 13:15:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel Manga</dc:creator>
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<p><strong>Ce texte est un &laquo;&nbsp;article press lib&#8217;&nbsp;&raquo; (*)</strong></p>
<p>Dans un paragraphe aussi bref que sévère, parvenu à quelques encablures du terme de son lumineux <em>Hominescence </em>et indexant ce point aveugle, Michel Serres fustige, en des termes résolument sans appel, la philosophie antique et moderne ignorante de la Femme, pour avoir fait l’impasse sur cette experte en douceur, en aménités et en humanité. Cette lacune monstrueuse, fissurant l’édifice/la citadelle/le palmarès intellectuel même de la raison philosophique de part en part, transversalement, longitudinalement, latéralement, légitime/vaut/mérite une telle admonestation, aussi bienvenue que nécessaire, à l’androcentrisme qui sévit outrageusement sous toutes latitudes de la modernité, et a nourri au long des siècles une pléthore de « ismes » fauteurs de ravages soigneusement archivés dans les annales de l’Histoire. Cette millénaire et formidable misogynie a vraisemblablement trouvé son fossoyeur avec Peter Sloterdijk, penseur allemand, et sa gynécologie négative énoncée dans Sphères 1. <em>What </em>? Je vois déjà des yeux qui s’arrondissent comme ceux des lémures. C’est quoi t’est-ce encore que ce concept bizarroïde véhiculant des relents d’hôpital, d’obstétrique et de maternité précisément? La gynécologie négative ? Ce n’est ni plus ni moins que la réhabilitation improbable et ô combien salutaire de l’enfantement, de ce processus naturel, vital, qui va de la conception <em>in utero</em> à l’accouchement du petit d’homme, au terme de neuf mois cruciaux où le destin ultérieur de son être à l’extérieur, dans le monde, se joue. Et à ce titre, PS stipule que l’homme est l’animal ouvert plus ou moins bien salué. La perplexité va encore sourciller en accent circonflexe sur cette laconique proposition et se demander ce que « saluer » et « plus ou moins bien » ont à voir avec l‘enfantement/la procréation.<br />
<strong>La caverne exquise</strong><br />
L’aventure humaine, i.e. de tout homme/femme au monde, commence en un lieu superlativement universel : l’utérus. Comme pour tous les mammifères apparentés, vivipares et à sang chaud. Fondement indéniablement objectif, s’il en fut. Dans l’originelle réclusion de cette « caverne exquise », un zygote/œuf éclot, produit d‘une fusion/conjonction réussie entre spermatozoïde et ovocyte. Cette cohabitation du soi et du non-soi n’a pas fini d’étonner/intriguer les biologistes : comment se fait-il que le système immunitaire de l’hôte, de la mère, reste coi, ne déclenche aucune réaction de rejet ? Question ouverte à la curiosité et en attente de réponse. Et cet œuf va se développer dans ce giron obscur. Des cinq sens qui l’équiperont et constitueront ultérieurement autant de modalités d’accès au monde, le premier à se former est l’ouïe. Le fœtus entend. Cette compétence sensorielle l’exposerait alors au risque d’une « torture permanente du bruit », entre celui produit par l’organisme de sa mère et les sources extérieures, s’il ne pouvait pas filtrer les stimuli acoustiques, s’ouvrir à ce qui lui est agréable et se fermer à ce qui ne l’est point. Le séjour intra-utérin serait insupportable sinon. Le « Je » à-venir, acteur dans le/du monde, s’inaugure ainsi, avec/par cette capacité initiale de discrimination proprement esthétique, « acte primitif du Soi », qui signe/manifeste ainsi d’emblée une préférence pour la jouissance plutôt que pour la souffrance, et installe la rampe de lancement du sujet en puissance. Muni de/chevauchant cette compréhension embryologique et philosophique minimale quant au séjour utérin et ses enjeux psychiques, on en vient inéluctablement à l’état d’esprit de la mère, de son rapport à ce « témoin intime », et à la situation de la femme gravide dans notre société camerounaise phallocratique, en tant que l’Autre de l’homme et dans un état exceptionnel, si ce n’est paradoxal, qui exacerbe cette altérité.<br />
<strong>Les tendres anticipations</strong><br />
Les études féministes entreprises sous le prisme occidental ont depuis belle lurette ruiné la notion d’instinct maternel : il n’existerait pas. <em>Dixit </em>Elisabeth Badinter. Soit. Partant de là, une grossesse n’est pas toujours, ni forcément, une heureuse nouvelle pour une femme. D’où la longue bataille pour le droit à l’avortement et ne pas « mettre au monde » des enfants indésirés. Mais si la grossesse a une tonalité positive, alors la mère a pour son « passager », présume PS, de « tendres anticipations » et même entretient avec lui une conversation silencieuse. C’est autant d’effusions bienveillantes, prévenantes, et pour tout dire de résonances enchanteresses, qui happent/attirent l’ouïe fœtale, et auxquelles le petit d’homme en gestation longue dans la cavité amniotique s’adonne activement, ce dont les observations détaillées de la psychoacoustique témoignent abondamment. Il s’agit là de faits et point de spéculations hasardeuses post-<em>new age</em>. Je dirais volontiers qu’il se dilate dans une extase. Notre être-désirant et désir tient de cette fondamentale tension vers. Que seule la satisfaction apaisera. Il est alors loisible de mesurer maintenant, à une aune d’attentions et de soins privilégiés, dans quel déficit de communication baignent les fœtus de grossesses subies et arrivant à terme. Vécus de bout en bout par ces mères « porteuses » comme un embarras, une contrainte, littéralement inattendus et exécrés, ils ne se dilatent point et probablement se recroquevillent plutôt sur eux-mêmes, dans une bulle étanche, soit cette forteresse vide naguère identifiée par Bruno Bettelheim. La fonction des berceuses saute du coup aux yeux et en quoi elles instituent/instaurent un lien prénatal fort. Ces mélodies qui se transmettaient et pour cause, de mère en fille, instruisent le fœtus au moins autant qu’elles construisent pour/en lui une expectative positive, quand viendra la sortie par expulsion, la fin de cette résidence aqueuse, tremplin de l’odyssée au dehors. De l’enfant autiste dramatiquement reclus dans son bunker de silence, à l’hyperactif ne tenant guère en place cinq minutes d’affilée, en passant par le vif-argent tranquille, qui sera féru de nuages et de lectures, les profils psychologiques, sains ou pathologiques, plus ou moins stables, tiennent au signe de cette initialisation intra-utérine, pré-biographique et foncièrement constitutive de l’être humain.<br />
<strong>Le souci de la fragilité</strong><br />
Un hasard excellent et insurpassable : l’euphonie dressant le lit du sens, fait que gravidité rime avec fragilité, mais aussi sérénité. Cet état physiologique et temps d’exception n’a certes pas échappé à nos immémoriaux prédécesseurs. Les cultures de tout temps préhistoriques l’ont toujours ménagé en lui aménageant des conditions optimales, eu égard au respect canonique de la vie et à la place que tenait la fécondité dans la plupart, exemplifiée par les cultes de la Grande-Mère qui se sont pratiqués sous à peu près tous les cieux sur Terre, avant les monothéismes. Dans moult chartes spirituelles s’énonce tacitement ou implicitement un souci constant de la fragilité, une prévenance en définitive rituelle. Chaque accouchement était alors un évènement, un cas particulier entouré du plus grand soin. D’où la « singularité » d’une femme stérile et son assignation spécifique dans le jeu de rôles global mimant l’ordre du monde tel que narré par la cosmogonie où chaque chose, animée ou pas, chaque étant, a une place d’office, tient un rang déterminé. Les temps étaient matriarcaux et ne le sont plus guère, ne serait-ce qu’en filigrane, sous les chaussures de ville de ces messieurs les zélotes d’une gynécologie qui marche, en substance et selon PS, sur la tête. Elle nous fait venir seuls au monde, <em>Opus One</em>, depuis le 18ème siècle, sans notre accompagnateur originel, symbolisé par le placenta dorénavant dégradé en déchet et perdu de vue dans l’économie du sujet.<br />
La société africaine récemment patriarcalisée a nettement moins cure de la femme gravide, sans parler, en emboîtant le pas aux féministes, de l’empire/emprise que la Loi du Père, loi des mâles, exerce toujours sur le corps des femmes qui se retrouvent souvent enceintes à leur grand dam. Réduites à être des ateliers de progéniture et rien de plus dans l’ombre des hommes. Le pavillon de l’androcentrisme flotte haut de nos jours de ce côté du monde. La femme enceinte ordinaire du Cameroun contemporain, assiégé par la précarité, subit de plein fouet le stress inhérent à une société déglinguée par le Fiasco, les séquelles de la dictature et les dommages collatéraux de la longue récession économique post dévaluation du FCFA. Il faut les voir pour certaines traînant des ventres rebondis et continuer de vaquer à des tâches imprescriptibles dans leurs foyers, arpenter le marché à faire des emplettes et que sais-je encore. Zéro sérénité. Dans les maternités, les salles d’accouchement sont des «poussoirs » qui travaillent à la chaîne. Des matrones aboient sans délicatesse sur les parturientes sommées de pousser et encore pousser. Il faut faire vite, faute de lits, et la liste d’attente donne le tournis. Le taux de natalité ne fléchit pas. Combien d’enfants dans cet accroissement sont « salués » par leur mère ? Combien d’entre elles jouissent, ou ont hier, avant-hier joui, d’un environnement les mettant dans des dispositions pour cela?<br />
<strong>T.O.C</strong><br />
Le climat général de la société vert-rouge-jaune, délétère, parle de lui-même, caractérisé par la montée en puissance de ce qu’il faudra bien finir un jour par nommer ouvertement : en l’occurrence, les troubles obsessionnels du comportement ou T.O.C. Le mépris des femmes a atteint des hauteurs aussi vertigineuses qu’abominables, à ce titre. Elles sont les boucs émissaires idéaux, celles par qui le scandale arrive et qui ne méritent pas autre chose qu’un lynchage, même seulement verbal. Une étude clinique et à ce jour inédite atteste que les Camerounais et les Camerounaises sont toc-toc grave. Entre les exhibitionnistes qui se défont pour uriner sous les yeux des passants et passantes, ou les arnaqueurs invétérés, les automobilistes indifférents aux piétons, les flics racketteurs, les chipies de supermarché ou les plantons bourrus, ce sont autant de marques ordinaires d’incivilité témoignant à tous les étages du profond malaise humain, de salutations incomplètes, inconsistantes, brouillées. Couacs dans le pacte audiovocal intime avec la mère ? On peut probablement en préjuger, voire même l’inférer logiquement de tout ce qui précède. La marque la plus criarde et intangible est la dissolution/abrasion de l’émotion dans des conduites strictement routinières où n’intervient souvent plus l’intentionnalité propre à un sujet maître de se décisions, mais davantage l’inertie de l’habitude, par entraînement, suivisme, esprit de groupe. « Je » est une silhouette spectrale au voisinage nord de la latitude zéro. Et comme « nous » n’a pas davantage pignon sur rue, le dilemme est clairement posé. Vers quoi, où, se dirige une société en déficit structurel de « Je » et de « Nous » ? Vers le néant de la fiction se mordant décidément la queue? Les enflures de diverses envergures qui caracolent dans les signes extérieurs clinquants et bruyants de la prédation et de la concussion ne sauraient prétendre à la dignité de « Je », sont promises au dégonflement comme de vulgaires ballons de baudruches. Ce n’est qu’une question de temps. Mettre au monde un enfant est une responsabilité colossale. Il faut avoir pour lui un projet, ou sinon, ce n’est pas la peine d’entamer une aventure qui sera cousue de vicissitudes. Non pas que l’enfant bien salué n’en connaisse point…</p>
<p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Lionel Manga est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer </strong><a href="http://www.lionelmanga.com"><strong>ici</strong></a><strong>.</strong></p>
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